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LES FORÊTS
charme inexprimable. Les contrées tropicales, qui ne leconnaissent pas, peuvent nous l’envier. On assiste àl’éclosion d’un monde nouveau. Le feuillage paraîtd’abord sur les buissons, non loin de la terre, puis ilgrimpe çà et là sur quelques arbres, d’où il saute decime en cime, faisant de jour en jour, d’heure en heure,de nouvelles conquêtes, jusqu’à ce qu’il enveloppe toutle dôme de la forêt ; il est bariolé des teintes les plusdiverses : ici c’est un vert tendre, là du jaune verdâtre,ailleurs du jaune pur, ailleurs du carmin; mais toutesces nuances se fondent bientôt les unes dans les autreset deviennent un vert éclatant. Sur le sol, couvert d’unecouche de feuilles mortes, surgissent des tapis de Heurs :les Pervenches, les Anémones, les Jacinthes, les Prime-vères, les Violettes, le Muguet y font en même temps ousuccessivement des taches bleues, jaunes, violettes,blanches, sur un fond vert de mousse et de gazon. Ce-pendant tous les oiseaux, ceux qui sont revenus de leurexil d'hiver et ceux qui ne sont pas partis, chantent àla fois ; Grives, Merles, Coucous, Loriots, Rossignols, Fau-vettes, Pinsons, Troglodytes, tous rivalisent d’ardeur;« ils semblent viser à ces effets d’orchestre où tous lesinstruments se confondent en une masse d’harmonie 1 . »De toutes parts les couleurs, les parfums, les brisestièdes, les chansons assaillent tous nos sens comme pournous communiquer la joie dont la nature est pleine.
Ensuite vient l’été ; la végétation déploie toute sa puis-sance; ce n’est plus le règne des bourgeons et des lleurs,c’est celui des épais massifs de verdure, des lourdesvoûtes de feuillage, des vastes ombrages opaques. Ünvert intense, vigoureux, domine partout. Sauf le Picvert, qui égrène dans sa fuite sa gamme de cris per-çants, les oiseaux se taisent ; la parole est aux insectesqui fourmillent sur le sol, sur les écorces, qui tourbil-
1. Maurice de Guérin.