Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
299
JPEG-Download
 

LES FORÊTS

299

plus le sentiment de l’infini. Plongeons nos yeux dansles profondeurs de la futaie : entre les troncs d’arbres lesplus rapprochés de nous d’autres troncs apparaissent, etentre ceux-ci d’autres encore; un seul pas, le moindremouvement nous ouvre de nouvelles perspectives, où,derrière les colonnades de fûts, s’enfoncent des colon-nades plus lointaines; les limites mobiles qui nous en-tourent changent sans cesse, reculent de tous côtés, fuientsans fin, et nous donnent, autant que les plus vastes es-paces, la sensation de l’illimité.

Est-ce nous-mêmes que nous sommes venus chercherau sein de la forêt? Elle resserre sur nous ses draperiesde feuillage, ses lambris de verdure, et aucune cellulede chartreux ne nous assurerait plus de silence et depaix, ne nous replierait davantage sur nous-mêmes, quetel sentier percé dans l’épaisseur de la feuillée, que telréduit enfoui sous l’ombrage compact d’un Charme oud’un Hêtre. Le bruissement léger des rameaux qui nousenvironnent, quand un souffle de l’air les remue molle-ment, le bourdonnement d’un insecte ailé qui passe, lechant soudain d’un oiseau perché sur l’arbre qui nousabrite, le parfum intense et salubre, formé de millearômes confondus, qui se dégage de tous ces abîmes devégétation, ne seront pas pour nous une distraction im-portune; ils seront plutôt l’accompagnement discret etdélicieux de nos pensées.

La forêt ne risque pas de nous lasser par l’unifor-mité de son aspect; elle change continuellement; ellechange quatre fois par an, avec les saisons. C’est commeun flux et un reflux de la végétation, qui rappelle celuide l’Océan. Le flot végétal naît, grandit, se gonfle, en-vahit tout, reste stationnaire dans sa plénitude, puisdécroît, se retire peu à peu et disparaît, mais ne dis-paraît que pour revenir. Ce mouvement de va-et-vientse produit périodiquement, éternellement. Le momentoù il commence, c’est-à-dire le printemps, est d’un