LES FORÊTS 303
lonnent dans l’air, et dont le bourdonnement, rumeurconfuse et continue, remplit toute la forêt.
A l’été, qui a dépensé en prodigue les torrents desève légués par le printemps, succède l’automne, laplus touchante des saisons, parce qu’elle est le dernierépanouissement de la vie végétale, qui va s’éteindre. Lefeuillage, comme pour nous laisser plus de regrets desa perte, se pare de couleurs magnifiques, qui semblentne lui être pas naturelles et avoir été empruntées auxmétaux ou à la palette d’un peintre : les teintes de l’orjaune et de l’or rouge, du cuivre bronzé par le feu, levermillon, l’ocre, le brun, mêlés à des restes de vert,tachent de bigarrures variées le large dos de la forêt;tout cet éclat fait penser aux splendeurs d’un beau cou-cher de soleil ; on dirait que la végétation, comme l’astredu jour obligé de céder la place à la nuit, veut du moinsmourir dans une glorieuse apothéose. Puis toute cetteparure tombe, les squelettes dépouillés et noirs desarbres apparaissent, et c’est l’hiver.
Mais il ne faut pas croire que l’hiver fasse perdre à laforêt toute espèce de beauté. Ces arbres dénudés, dontl’aspect nous attriste d’abord, offrent à qui sait les re-garder un intérêt nouveau ; ils nous laissent voir leursformes, que leur ample vêtement de feuillage cachait ànos yeux ; chacun d’eux se dégage de ses voisins, aveclesquels il se confondait, et reprend sa physionomiepropre. Le Chêne, à l’écorce brune et rugueuse, montresa robuste ramure, ses grands bras noueux, tordus,brusquement coudés, comme si, de peur de s’affaiblir,il ne les étendait qu’avec précaution et en les repliant :nul voisin ne tentera de disputer la place à ce lutteur,à ce souverain de la forêt. Le Hêtre étale majestueuse-ment dans tous les sens la vaste envergure de son bran-chage divisé, subdivisé à l’infini ; il semble jaloux d’oc-cuper le plus d’espace possible et de remplir le pluspossible l’espace qu’il occupe ; on voit sans obstacle la