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LES FORÊTS
jolie écorce d’un gris clair, lisse, soyeuse, qui serre sontronc puissant, à la fois replet et musclé comme uncorps d’athlète au repos. Le Frêne s’élance hardiment engerbe et sa haute cime s’épanouit dans les airs commeun éventail. Çà et là le Bouleau, moins noble mais plusgracieux, dresse sa mince colonne d’argent; ses rameauxtins et souples, retombant de tous côtés, formentun léger panache, une chevelure flottante que balancele moindre vent. Toutes ces ramures diverses compo-sent un réseau compliqué qui se détache en noir surle fond blanchâtre de l’espace avec la netteté d'unedécoupure ; à travers les mailles, tantôt larges et irré-gulières comme celles d’une riche guipure, tantôt fineset serrées comme la plus délicate dentelle, on aperçoitle bleu tendre du ciel, si le temps est clair, et versle soir, du côté du soleil couchant, l’horizon embrasécomme par un in cendie. Ce sont là des spectacles àfaire aimer l’hiver.
La beauté d’un pays — et les arbres en sont le principalélément — importe plus qu’on ne le pense au bonheurde ceux qui l’habitent; elle est un des liens secrets quiattachent le plus fortement l’homme à sa patrie. Versquels objets se porte avec attendrissement le souvenir decelui qui a dû quitter son lieu natal? Ce sera vers cecoteau boisé qu’il apercevait jadis de sa fenêtre, vers cecouvert de Tilleuls, au fond du jardin paternel, et qui abritales jeux de son enfance. « Les arbres, ditBernardinde Saint-Pierre, dominent sur les événements de notre vie, commeceux qui s’élèvent sur les bords de la mer et qui serventde renseignement aux pilotes. » Le même écrivain racontequ’à l’Ile-de-France, un vieillard qui s’était expatrié etqui ne cessait de regretter son pays, lui disait : « Je seraisencore assez tranquille ici, si j’y voyais seulement quel-ques Violettes de nos bois. » On déplore le dommage causéà notre agriculture par l’absence trop habituelle desgrands propriétaires du sol : cette absence obstinée, ce