LES CAUSES DE LA CATASTROPHE. 287
sées » de Chanzy qui obligent Frédéric-Charles àmettre six semaines pour faire le chemin de la Loireau Mans.
Quelle eût été leur stupéfaction, leur déception,s’il avait fallu recommencer en mars, les marches etles combats (1)?
(1) La publication récente de la correspondance de M. de Moltkevient de nous en apporter la confirmation. Dès le mois d’octobre,l’étonnement et la déception se manifestent dans toutes ses lettres :et le vote de la paix par l’Assemblée de Bordeaux ne surfit mêmepas à le rassurer tout à fait. En octobre, il écrit : « Ce malheu-reux pays comprcndra-t-il enfin qu’il est vaincu et que sa situa-tion s’aggrave tous les jours?... Que le 9 une grande bataille ait étélivrée sous Metz, tu le sauras sans doute avant que ces lignes teparviennent. Les choses ne peuvent guère aller bien loin désor-mais, là-bas. C’est une grande épreuve pour la patience de ceux quiinvestissent, et encore plus pour ceux qui sont investis. Il foutreconnaître la force d’endurance et l'obstination de ces Français.C’est qu’ils ne pouvaient croire à la possibilité de la défaite. »
Un mois plus tard, après la cliutc de Metz : — « Depuis la capti-vité de Babylone, le monde n’a rien vu de pareil. II nous faut unearmée poursurveillcr nos trois cent mille prisonniers. La Francen’aplus de soldats. El, malgré tout, il faut attendre encore pourvoir si ces Parisiens enfiévrés renonceront à celte résistance sansissue... »
Le 23 novembre M. de Moltke so fâche sérieusement et sonindignation contre les hommes qui ont l’outrecuidance de ne pasdésespérer de la Patrie a réellement quelque chose de comique :« Toute l’armée française est prisonnière en Allemagne, et il y aaujourd’hui plus de belligérants en armes contre nous qu’au débutde la campagne 1 La Belgique, l’Amérique et l’Angleterre livrent desarmes sans relâche. S'il arrivait demain un million de fusils, nousaurions en quelques jours devant nous un million de Français deplus !... Le terrorisme des avocats appelle sous les drapeaux tout cequi a moins de quarante-six ans. Famille, foyer, pays natal, il faut