147
comme V. A. S. le sçait, tout le Canton de Suvitz soitCatholique, de même qu’une partie de celuy de Claris; Tel-lement que cette affaire y a été alors uniquement regardéecomme affaire d’Etat.
Mais comme les Peuples du Toqquenburg virent, que leNonce, qui réside en Suisse, de même que l’Abbé de St.Gai. commençoyent à regagner le dessus dans le Canton deSuvitz, et qu’ils jugèrent bien, qu’ils n’en seroyent pas longtems protégés, voyans, que d’une affaire d’Etat on en faisoitune de Religion, ils prirent alors leur principal recours versle Canton de Zurich. Or comme ce Canton avoit un intérêttrop visible à la conservation de ces Peuples pour les pou-voir abandonner, et qu’il crût être en droit de les protégeren vertu des traités de paix sur la Religion stipulés en Suisse,et contre lesquels on agissoit ouvertement, Il prit leur Causeen main, et ayant engagé le Canton de Berne à se joindreà luy; Ces deux Cantons unis aux Peuples du Toqquenburg,font d’un côté l’une des parties dans cette querelle, etl’Abbé de St. Gai conjointement avec les Cantons Catholi-ques, fait l’autre partie.
Long temps avant que ces affaires vinssent à l’extrémité,ou elles sont, l’on avoit averti l'Abbé moderne de St. Gaid’agir avec plus de ménagement qu’il ne faisoit, ses Prédé-cesseurs avoyent véritablement assez molestés les Peuples dece Comté, mais du moins ils s’y étoyent pris avec quelqueprudence et pied à pied, mais ce dernier Abbé permit qu'ony allât sans mesure. Le Baron Eidelle de la Tour, son Mi-nistre, vieillard des plus expérimentés, et peut etre l’un desplus rusés de l’Europe, m’a luy même souvent avoué, quel’on étoit allé beaucoup trop avant; qu’il avoit bien prévules suites fâcheuses, que ces violences entraineroyent aprèselles, et qu’il s’y étoit opposé, mais que les Moines du Cou-