TRANSPORT DU 15 e CORPS.
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cieuses que prenaient trop souvent les états-majors l . De Vier-zon, M. de la Taille annonçait le départ des dernièresbatteries de la réserve (6 janvier, 3 heures du soir). Il nerestait plus que trois batteries de 4, destinées à couvrir laretraite jusqu’à la nuit du 6 au 7. M. de Serres ajoutait, toutà la joie du début : « Voilà certainement un joli résultatcomme embarquement. Les trains se succèdent de demi-heure en demi-heure 2 . »
La réalité ne répondait guère à ce séduisant tableau. Aulieu de 88 trains prévus, le transport du 15 e corps en exigea95, plus de 3,500 véhicules. Commencé le 4 au matin, il riefut terminé que le 16, en douze jours. Pourtant les convoisavaient été dirigés sur Besançon par la route. Nos troupes,entassées dans des wagons à marchandises ou à bestiaux: parun froid de 16° C., avaient supporté le plus cruel des sup-plices. Quelles lamentables odyssées que celles de ces régi-ments, de Bourges à la vallée du Doubs ! Un témoin oculaireécrit ce qui suit : « .. .De Bourges à Saincaize, pour un tra-jet qui se fait ordinairement en moins de deux heures, il nousen fallut douze. De Saincaize à Nevers, c’est-à-dire pourfaire neuf kilomèti'es, nous employâmes toute la nuit; de’dixheures du soir à sept heures du matin, nous dûmes restersur le pont de la Loire. Impossible de descendre de wagon ;un vent glacial soufflait, et il faisait dix à douze degrés defroid. Il nous fallut un jour et deux nuits pour aller de Ne-vers à Chagny (72 heures pour faire 163 kilomètres) 3 ».
Un autre corps, le 29 e mobiles, quitte Bourges le 8 jan-vier en deux trains (11 heures et ll h 30 du matin). A 6 heuresdu soir il est à Cercy-la-Tour, derrière plusieurs trains de
1 . Le 29 e mobiles quitte Mehun pour Bourges le 7 janvier, à 4 heures du ma-tin. Il arrive à Bourges vers 9 h 30 et va bivouaquer près de la gare, sousla pluie. A 9 heures, il reçoit l’ordre de s’embarquer. A 10 heures, contre-ordre. Il s’abrite dans la ville. Le lendemain, 8, à 4 heures du matin, il re-tourne à la gare, au milieu d’un encombrement et d’un désordre extrêmes.C’est a il heures seulement que part le premier train; il arrivera le 15, à6 heures du matin, à Beaune, et le corps est parti avec deux jours de vivres(Dumas, historique cité).
2 . Télégramme à Bourbaki, 6 janvier, minuit 2 .
3. Emouf, Histoire des chemins de fer français pendant la guerre.