12 HÉRICOURT, LA CLUSE.
état de profonde démoralisation qu’il atteignit la vallée duDoubs.
Nous avons dit quelques mots des difficultés du ravitaille-ment. En vertu d’une tradition constante autant que néfaste,notre intendance militaire use plus volontiers des ressourcesdu pays en arrière que de celles qui existent sur place. Tantque l’armée fut sur la Loire, on tira les vivres nécessaires ducentre de la France. Puis on prit pour base de ravitaillementLyon, qui présentait des facilités particulières, grâce à sestrois gares de chargement, à la proximité de Marseille, auxlignes à deux voies qui rayonnent autour d’elle. C’est ainsique, du 14 au 20 janvier, Lyon envoya 3,129,400 rations defarine, de pain, de biscuit; Fourchambault, La Charité,Cussey, en fournirent 70,000. Si l’on tient compte des ra-tions délivrées en cours de route dans les gares, dans cer-taines villes, de 20,000 kilogrammes de biscuit fournis parBesançon, des huit jours de vivres qui suivaient les 18 e et20 e corps au départ de Chalon et de Chagny, on arrive à untotal de 48 jours de pain ou de biscuit pour une armée de100,000 hommes 1 . Il eût amplement suffi afin d’alimenterles troupes du 14 décembre au 31 janvier, d’autant mieuxque le 24 e corps vécut sur les ressources de Besançon jus-qu’au 6. Mais ces vivres furent livrés à un gaspillage effréné.On distribua ou l’on perdit deux rations par homme et parjour; les soldats mangeaient eu une journée les rations dedeux ou trois; ils jetaient constamment leur biscuit. Unrégiment en abandonna 53 caisses dans la neige. On vit àla gare de Besançon des soldats alimenter leur feu avec despains de sucre !
L’encombrement causé par le transport du 15 e corps acheva
l. L’intendant général Friant, aux notes duquel sont empruntés ces chiffres{Poullet, Campagne de VEst i, suppose que l’effectif total de l’armée ne dépassajamais 100,000 hommes, même après l’arrivée des 15 e et 24 e corps. Cette hypo-thèse est évidemment fausse. D’une part, les 18 e , 20 e corps et la réserve réuniscomptaient plus de 50,000 hommes, ainsi qu’il résulte de plusieurs dépêches.Le 15 e , seul, avait un effectif supérieur à 43,000 hommes, lors de son embar-quement, Enfin, le 24 e corps, si faible qu’il fût, la division Cremer et lescorps francs, dépassaient certainement 30,000 hommes. C’est un total de123,000 hommes 'au moins.