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ARCHITECTURE FRANÇOISE,Liv. I.
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CHAPITRE PREMIER.
Hìjloire abrégée de VArchitecture , ù 1 des changemens auxquels elle a étésujette depuis les premiers Jtécles jusqu à présent . Avec une descriptionsuccinte de s principaux Monumens de t Egypte , de la Gréce - & deVItalie.
ture.
L 'Ecriture Sainte sait mention csiine Ville que Caïn bâtit vers i’an Jòô du monde, Origine «t«Sc qu’il appella Hénoc, du nom de son fils. C’eíl la premiere notion que shis 1 ArcLltee ~toire nous fourniíTe touchant l’Architecture, ce qui pourroit en quelque façon nousfixer le tems Sc le lieu où cet art a pris naissance. Les descendans de Caïn - à quila même Ecriture attribue lmvention de presque tous les arts, porterent fans doutecelui-ci à quelque degré de perfection; ainsi l’on peut, suivant ce Livre sacré , re-garder r Asie comme le berceau de l’Architecture, Sc juger que c’est de cette par-tie de l’Univers quelle s’eíl répandue dans les autres.
Babilone, dont les murailles (V) font regardées comme la premiere des sept mer-veilles (h) , fut bâtie vers l’an du monde 2860. Ce fut environ en ce tems-là qu’orìvit paroître en Egipte les fameuses Villes de Thébes Sc de Memphis, Sc que lesanciennes Villes de la Gréce Sc des autres pais commencerent à être fondées. Nem-rod, arriere-petit-fils de Noë , jetta, selon la Genèse , les premiers fondemens deBabilone.
Sémiramis, Reine d’Aísirie, veuve de Ninus, travailla ensuite à embellir cette
r (á) Ces murailles, qui, selon Vitruve, étoient toutesbâties de briques & de bitume, (le pays en produisant avecabondance,) avoient trente pieds d’épaisseur ; on pouvoitfaire passer fur elles deux chariots de front, & elles avoientdeux cens pieds de hauteur, fans celle des tours qui lessurpassoient encore de quarante pieds. La circonférence deBabilone, au milieu de laquelle passoit l’Euphrate, étoitd’environssoixante mille pas ; les maisons y étoient tenueséloignées les unes des autres dans le dessein d’y laisser desterres labourables pour y semer de quoi se nourrir, en casde siège. Hérodote dit que les murs de cette superbe Vil-le étoient percés de cent portes, dont les ventaux étoientde bronze & d’une grandeur extraordinaire. Mais cecin’est rien en comparaison de la description que Pline &Pausanias nous ont laissé du Château Royal que cette Vil-1 le renfermoit, & que plusieurs Auteurs attribuent à Sémi-ramis & d’autres à Belus. Son enceinte étoit fortifiée detours de quatre-vingt pieds de haut : des jardins spacieux yétoient íoutenus par des murs voûtés de vingt-deux piedsd’épaisseur, qui élevoient ces jardins en forme de théâtre,de maniéré qu’avec les eaux qui y abondoient, ils parois-foient autant de merveilles suspendues en l’air. Le mauso-lée de Bélus étoit superbe, & le Temple qu’on dédia à ceRoi étoit de la plus grande magnificence ; dans son milieus’élevoit une tour quarrée à huit étages en forme de terras-se ; à son extrémité étoit un autre petit Temple qui, selonDiodore, a servi d’observatoire aux Chaldéens.
(A) Ordinairement on met au nombre des sept merveil-les du monde, 1°. les murs de la Ville de Babilone, dontnous venons de parler.
2". Les piramides d’Egipte. (voyez la note d).
3°. La Statue colossale de Jupiter Olimpien, faite d’or &d’argent, haute de soixante aulnesselon Pline, & poseeà l’extrémité duTemple dédié à ce Dieu,a Elis,aujourd'huiLanganica, Ville située entre F Achaïe & 1 Arcadie. Cet-te figure étoit du fameux Phidias, qui etoit si fort en véné-ration chez les Lydiens, que pour F amour de lui n rut der-fendu à tout Esclave d’apprendre la sculpture, crainte del’avilir & de la profaner. Paulanias, qui dit avoir vu cette
Statue, est l’Auteur qui nous en a laissé la plus ample &la plus exacte description, (voyez celle duTemple de Ju^piter, note w.)
4°. Le tombeau de Mausole Roi de Carie, que la ReinsArthemise son épouse fit bâtir à Halicarnasse. (voyez la'note n. )
y°. Le Temple de Diane à Ephese. ( voyez la note r. )
< 5 °.LeColosse de Rhodes,dédié au Soleil parThéagonesPrince de cette Ifle. Cette figure, dont la hauteur prodi-gieuse de soixante-dix aulnes, donna le nom de colossale àtoute statue au-dessus du naturel, fut achevée & dressésenviron l’an du monde y 686 par Chares le Lydien, ellen’est restée debout qu’environ J 6 ans, un tremblement deterre en renversa une grande partie, & ses débris qui res-terent épars environ huit cens soixante-cinq ans, furentenlevés, selon la remarque de Scaliger , par l’ordre deMauvia Sultan d’Egipte & de Perse , qui, en chargea neufcens chameaux ; voyez Strabon , Pline, &c.
7°. Le fameux Phare, que Ptolomée Philadelphe Roid’Egipte fit élever l’an du monde z 670, à l’entrée du portd’Alexandrie, près de l’embouchure du Nil. La magnifi-cence de ce bâtiment consistoit dans une tour prodigieuse-ment haute, & dont les dissérens étages construits de pier-re blanche , se terminoient en haut par une espece de lan-terne. Ce monument qu’on dit avoir couté 800 talens ouenviron 18000000 livres, fut fait par Sostrate Gnidien.La Ville d’Alexandrie conserve encore des restes considé-rables de fa premiere magnificence , entr’autres les murssuperbes & les canaux qu’Alexandre fit creuser pour con-duire l’eau du Nil par la Ville; monument illustre des en-treprises de ce grand Prince, & du sçavoir de Dinocrate*On y voit auffi, au rapport de Pline , deux obélisques dequatre-vingt-dix pieds de hauteur , dont 1 un est renversé& l’autre debout, & d’autres restes remarquables tant d’unAmphithéâtre dont parle Strabon, que des Palais de Cléo-pâtre , de César, & des anciens Rois d’Egipte. Le pluscurieux monument est la Colonne de Pompée, dressée versla Mer Mareotique ; elle est d’un Ordre Corinthien, & dela hauteur de celle de Trajan,
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