A R C H ÏTECTURE F R A N Ç OIS E, L i v. I. _ 7
en faisoit le mérite principal : bailleurs les desseins & les descriptions que nousavons des ruines de Persépolis, font assez connoître que les Rois de Perse, dontl’Histoire a si fort vanté f opulence, av oient réussi plutôt par Timmensité de leursbâtimens, que par cette élégance Sc cette proportion qui s’est observée depuis dansles édifices élevés dans la Gréce & dans fltalie.
La Gréce doit donc être regardée comme la source des régies de la bonne Archi- Arctheç-tecture ; c'ess fans doute une grande perte pour cet art que les premiers ArchitectesRomains ayentnégligé de transmettre à la postérité les préceptes des Grecs, qui, ainsique le remarque Vitruve (f) , auroient pû aussi mettre au jour les ouvrages de leursprédécesseurs. Cette négligence nous doit donc faire regarder cet Auteur commele premier qui ait écrit fur son art, quoiquil rapporte qu’Hermogenes, après avoirbâti plusieurs Temples en différentes Villes de P Asie mineure, composa fur PAr-chitecture un Volume que Pon voyoit encore du tems d'Auguste , Sc qu il cite desAuteurs chez lesquels il dit avoir puisé ses productions, fçavoir Fuciícius, qui,comme il le rapporte, est le premier qui ait composé un excellent Livre d’Architec-ture ; Terentius Varo , qui entre neuf livres de sciences qu il avoit écrit, en donnaun fur cet art ; Sc Pubiius Septimius qui en avoit donné deux. Vitruve paroít d’au-tant plus étonné qssil y eut eu un si petit nombre d’Ecrivains touchant Part debâtir, qu il y avoit long-tems que Rome avoit produit de grands Architectes, quiauroient pû en traiter pertinemment. Nous ne sommes dédommagés du silence deces grands hommes que par quelques restes des bâtimens qu’ils ont érigés, Sc dont•les beautés universellement approuvées depuis 2000 ans , nous annoncent la gran-deur Sc le bon goût qui régnoient dans la Gréce Sc dans Pltalie.
Parmi la prodigieuse quantité de ces édifices, on remarquoit entr’autres (§) chezîes Grecs, quatre Temples qui étoient tous construits de marbre, Sc enrichis de si beauxornemens, qu ils étoient devenus comme la régie Sc le modèle des bâtimens, pource qui concernoit les trois Ordres d’Architecture. Le premier étoit le Temple (r)
(2) Il y a eu plusieurs Temples de Diane érigés danstous les païs où ^idolâtrie a régné ; mais celui aEphei'edont nous parlons, a surpassé tous les autres en grandeur& en magnificence *. II fut élevé dans ITonie, contrée del’Asie mineure ; il avoit 4225" pieds de long & 220 de lar-ge , & il a passé pour la cinquième des sept merveilles duinonde; il fut, selon Pline, 220 ans à bâtir; Chersiphronenfut .le premier Architecte, son fils Metageneslui succéda &
plusieurs autres , tels que Demetrius & Péonius. Vitruvedit qu’il régnoit autour de ce Temple deux rangs de co-lonnes , en forme d'un double portique, & que c’est le pre-mier monument où l’on ait introduit des bases aux colon-nes : il rapporte , Liv. 10. Ch. 7. la façon singulière donton trouva la carrière de marbre qui servit à bâtir cet édifice.Ces colonnes étoient au nombre de 127, elles avoient 60pi. de haut, & furent données chacune par autant de Rois ;
(f) Entre les Historiens qui ont écrit de l’Architecture, les uns croyent que Vitruve pouvoit être né à Formia, petite Ville de la Cam-pante , & les autres à Fondi, autre Ville située furie chemin d’Appius , parce qu’il fe trouve plusieurs inscriptions de la famille Vítru-via aux environs de ces deux Villes. On ne fçait guéres non plus le tems où il vivoit, ni combien il a vécu ; cependant il y a tou-te apparence qu’il dédia son Livre à l’Empereur Auguste , vers l’an. du monde 3584, & qu’il étoit alors fort âgé, tant à cause qu’ildit dans cet Ouvrage avoir connu Julius fils de Massinissa, & s’être trouvé en conversation avec lui, que parce qu’il se plaint des incom-modités de la vieillesse dont il étoit affligé lorsqu’il travailloit à son Livre. Ses seuls écrits l’ont plus fait connoître que les bâti-xnens qu’il a élevé, n’ayant guéres eu le tems d’en conduire beaucoup, & ayant presque toujours été dans les Armées de l’Empe-reur où il servoit en qualité d’íngénieur. Cependant il donne une description d’une Basilique ou Palais de Justice qu’il dit avoir cons-truit a Fano, qui ne paroít pas être un morceau d’une grande importance ; ce qui contrediroit le sentiment de plusieurs Ecrivains,qui prétendent qu’il fut F Architecte du Théâtre de Marcellus, morceau d’Architecture qui ne s’accorde pas avec la doctrine de cet Au-teur qui condamne les denticules dans l’entablement de l’Ordre Dorique , & qui y admet par préférence des mutules. On ne peutdiscoHvenir néanmoins que ce ne fut un grand théoricien à qui nous avons beaucoup d’obligation , & dont les mœurs & la qualitéde 1 esprit doivent être le modele de ceux qui veulent sc vouer à la profession d’Arcbitecte. Voyez Féiibien dans son Recueil histo-rique de la vie des Architectes, Liv. 2.
(§) J e ei j tr autres, car ce scroìt entreprendre l’infini que de vouloir parler de tous ceux dont l’Histoire nous fait mention , leurorigine nous étant preíque inconnue ; ce que nous en sçavons de plus positif est ce que nous en dit FEcriture en parlant de la construction du Tabernacle , que 1 on peut regarder comme un Temple portatif, qui avoit un lieu sacré appelle Sanóla SmSiorum , à quoirelíembloit dans les Temples des Payens ce qu’on appelloit Adyta. On ne fçait pas, ainsi que nous Favons déja remarqué, s’il y eut de cesTemples avant la construction du Tabernacle ; mais il est certain qu’il y en avoit avant celle du Temple de Jérusalem. Hérodote nous dipque ce font les Egiptiens qui ont les premiers construit des Autels, des Statues & des Temples ; cependant il ne paroít pas qu’il y eneût du tems de Moyse. Lucien est de l’avisd’Herodote, & ajoute que cette institution passa des Egiptiens aux Affiriens. De tous cesTemples Payens , le premier dont FEcriture parle, est celui de Dagon, Dieu des Philistins , où étoit une statue humaine. On prétendcomme on Fa vû ci-devant, que Déucalion est le premier qui a fondé des Temples chez les Grecs , & Janus chez les Latins ; d’autresassurent que ce fut Fanus, & que c’eft de la que vient le nom de fanum , qui signifie Temple ; car il est bon d’observer que les motstemplum, fanum, facrarium, aies, delulrum signifioient en latin les monumens sectes & destinés a honorer la Divinité, & que les Au-teurs s’en íont servi indistinctement selon leur opinion. Voyez ce qu en dit le Pere Montfaucon, Tome II. partie I. page 45.
* Les Statues les plus renommées de ce Temple , font de Praxiteles. Quelques-uns prétendent que la Statue de Diane , de marbreblanc, qui est dans la Galerie de Versailles, aussi bien que quelques autçes figures antiques qui s y remarquent, vient de ce monument.