ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. II.
âSf
Elévation da coté de la rue. Planche IV»
Le milieu de cette élévation est occupé par la porte qui donne entrée à cet Ho- Hôfeltel; la forme de sa baye est bombée, sa proportion quoiqu’un peu balle est rela-tive au caractère des piédroits qui l’accompagnent. Nous avons dit ailleurs que laproportion des portes dépendoit en quelque forte de leur forme , que Celles enplein ceintre exigeoient plus de hauteur que toutes les autres, A qu en général,lorsque les Ordres ne préfidoient pas dans une ordonnance, on pouvoit quelque-fois s’écarter de la sévérité des réglés ; mais nous le répétons ici, ce ne doit êtrequ’à la saveur d’une grande expérience qu’un Architecte peut franchir les précep-tes de fart. C’est pour cette raison qu’il seroit à désirer que tous les hommes ha-biles voulussent s'accorder, fur la diversité des proportions, afin que ceux qui n’enont qu une foible connoissance, ne prennent point ces licences pour autant debeautés positives. Au reste la proportion totale de cette porte est très-bonne à imi-ter, ayant de largeur les sept huitièmes de fa hauteur; il seroit seulement à sou-haiter que les ornemens y sussent traités avec moins de légéreté, ne devant pasdouter qu’il est indispensable que la masse de ces derniers ait un parfait rapportavec les membres d’Architecture qui leur donnent occasion. Les deux pavillonsdes extrémités de cette façade font trop simples, Sc la simétrie y paroît un peunégligée ; nous avons déja blâmé plus d’une fois cet abus dont on fait un tropfréquent usage dans la décoration extérieure de nos bâtimens.
Elévation da côté de la cour. Planche V.
La décoration de cette façade quoique traitée avec beaucoup de simplicité estnéanmoins d’une proportion très-agréable, Sc prouve bien qu’un bâtiment élevépar un homme d’un vrai mérite n’a pas besoin du secours des ornemens pour plai-re aux connoisseurs. On peut remarquer dans l’ordonnance extérieure de cet Hô-tel les formes piramidales que nous avons applaudies à f Hôtel Amelot bâti parle même Architecte ; celui - ci qui est beaucoup plus simple ne lui cede en rien,quoique dans un genre différent. Gette façade n’a ni Ordres d’Architecture nicorps de refend, Sc ne doit fa beauté qu’à l’élégance & à la proportion des par-ties qui la composent ; genre d’Architecture trop peu estimé aujourd’hui, & quicependant dans une maison particulière devroit avoir la préférence fur tout ceque nos Dessinateurs introduisent dans leurs productions.
Les arriere-corps des extrémités de cette façade font tenus encore beaucoupplus simples que la partie qui compose le principal corps de logis, lequel est obser-vé feulement de la largeur de la cour c’est-à-dire d’environ 11 toises ; autrement sil’on avoit voulu décorer uniformément toute l’étendue de ce bâtiment qui a 23 toisestrois pieds, il en auroit non-seulement fallu changer l’ordonnance, mais encorediminuer la hauteur pour donner à cet édifice le caractère d’un Hôtel considé-rable , ce qui auroit été opposé à l’œconomie qu’on s’étoit proposée dans la pre-mière intention de la bâtisse -de celui - ci. Ces considérations font toujours l’é-loge d’un Architecte, lorsque dans une façade d’une assez grande étendue il fçaicfaire régner par le secours des proportions une simplicité agréable, qui en satis-faisant le spectateur, le dédommage d une décoration plus somptueuse à laquelleil sembioit devoir s’attendre , Sc dont cependant il n’a aucun regret, trouvant dequoi se satisfaire dans ce qui lui cause de 1 admiration.
Tome L
\