ARCHITECTURE FRANÇOISE,Liv. III. 19
Des moyens que les Anciens employoienî pour faire entendre les sons C? les voix dans les
Théâtres.
„ Du tems de Vitruve (ri) il y avoit beaucoup de Théâtres Publics à Rome,„ dans lesquels cet Auteur dit, qu il ri y avoit aucun vase qni ne résonnât . Pour bien„ entendre ce trait d’érudition, il faut sçavoir que les Théâtres étant construits de,, matières solides , comme de pierre , de marbre , de ciment, & d’autres choses,, semblables qui n’avoient point les qualités requises pour rendre le son, il étoic,, nécessaire d’y placer des vases qui eussent la propriété de le faire retentir Sc dej, le répandre par toute retendue du Théâtre, afin que la voix fut distinctement„ entendue partout. L. Mummius rend témoignage de cet usage, car après avoir ruiné„ le Théâtre des Corinthiens, il en tira les vases de bronze , les porta à Rome Sc les„ fit mettre dans le Théâtre de Diane. De plus , Vitruve , Liv. V, Chap. V, rappor-,, te que plusieurs Architectes sages & prudents, ayant à construire quelques„ Théâtres moins magnifiques Sc à moins de frais , y íaisoient, à la place des va-,, íes de cuivre ou de bronze, mettre de gros vases de poterie dans les murailles,„ pour faire retentir la voix. Aristote parie aussi de ces vases dans ses problèmes,„ en disant qu’ils font très-propres pour faire raisonner les murs Sc porter les ac-„ cents de la voix à i’oùie. Ce Philosophe assure encore qu avec ces instruments on3, peut dans une maison faire un écho artificiel. C’est pour la même raison que3, les anciens Architectes laissoient dans les Théâtres quelques espaces ouverts, qu’ils„ appelioient des cellules , Sc quoiqu’ils servissent encore à d’autres usages , ils étoient3, faits pour que la répercussion de Pair vint à former le son Sc le retentissement-, plus grand, afin de porter aux oreilles des Spectateurs les articulations des mots33 plus clairement Sc plus distinctement.
De l Orchejlre , des Sieges , & de la maniéré de s arranger & de s’asseoir dans les Théâtres ,
usitée chez les Romains.
3, L’Orchestre chez les Anciens étoit une partie du bas du Théâtre contigue à3, la Scene : les Poètes Tragiques Sc Comiques y desee ndoient pour chanter„ tour à tour les compositions qu’ils avoient faites i’un à l’envi de l’autre , Sc tan-,, dis que ceux-ci chantoient les autres faiíòient des gestes. Suidas en définissant3, l’Orchestre, dit que c’est le lieu dont le fol est de planches, Sc où les Comé-3, diens jouent leurs rôles. Les Modernes pratiquent aujourd’hui un lieu semblable,„ dont une partie seulement sert d ’ Orchestre , & le reste s’appelle Auditoire , tandis„ que les Anciens l’y employoient tout entier.
3, Selon Suetone on remarqua à Rome comme une chose singulière Sc surpre*,, nante faction de Caligula, qui fit asseoir les Chevaliers Sc leurs femmes dans„ 1 Orchestre. La biíàrrerie de ce Prince eut avec le tems des imitateurs dans cet„ usage, comme nous le dirons ci-après : c’est pour cela que Pline dit, f ai déja,, observe qu a Rome les Sénateurs étoient assis dans ÍOrchesre. Pour ôter cependant3, 1 occasion des bruits Sc des disputes que cette grande foule de monde pouvoit3, exciter dans les Théâtres, on avoit à Rome aísigné à tous les Etats des places« pour y etre astis ; ce qui se nommoit entr eux le droit d’être assis dans le Théâtre :3, ainsi les Sénateurs etoient astis dans l’Orchestre, Sc derriere eux les quatorze„ Ordres des Chevaliers, après ceux-ci Sc au milieu des sieges susdits étoient pla-„ ces les Citoyens, Sc tous les autres hommes de quelqu état qu’ils fussent qui3, astistoient a de tels Spectacles ; les Dames étoient au-destus des gradins , placées
(«) Voyez ce que Vitruve dit, Liv. V. Ch. V. p. iy 8. touchant les vases d’airain que les Anciens plaçoient entriles sieges du Théâtre, & que Perrault a expliqué plus positivement Note 2 .
Des Théá'tres desAnciens,;