ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv, III.
CHAPITRE XX-
■Description de ïAbbaye Royale du Val-de-Gr ace S Jltuá rue du Faubourg
St. Jacques .
máye'<k #^ETTE Abbaye, qui est un Monastère de filles de la reforme de St. Be~«Les noît, étoit originairement située auprès de Bievre-le-Chatel, à trois lieues de
Taris. Avant que la Reine Anne de Bretagne eût pris cette Abbaye fous fa protec-tion elle fe nommoit le Val-Profond , ce fut cette Princesse qui lui donna celuià Val-de-Grace de Notre-Dame de la Crèche ; ensuite vers 1621 la Reine Anne d’Au-triche fit transférer à Paris cette Abbaye dans quelques bâtimens Sc dans un grandemplacement au Faubourg Saint-Jacques, qu on nommoit le fief de Valois , ou kqpetit Bourbon , que cette Reine fit acheter au nom de i’Abbaye du Val-de-Grace.En 1624 elle y fit ajouter de nouveaux bâtimens , dont elle posa la premiere pier-re le premier Juillet de la même année. Cet édifice resta dans cet état juíqu’à lamort de Louis XIII, que cette Reine fe trouvant maîtresse des finances en quali-té de Regente du Royaume , Sc voulant donner à ce Monastère des marques deion affection , elle entreprit de faire rebâtir à neuf l’Egiife Sc les bâtimens de cet-te Abbaye, dans f état où on la voit aujourd’hui. Ce fut Louis XIV , à f âge de yans , qui en posa la premiere pierre , le premier Avril 1645 ; François Manfard , (a)célébré Architecte, en donna les desseins, mais il ne conduisit ce superbe édificeque jufqu’à la hauteur de 9 pieds au-dessus du fol de l’Egiife, pour des raisons quenous dirons ailleurs. La Reine en donna ensuite la conduite à Jacques le Mer-cier, qui le continua furies desseins de Manfard jufqu’à la hauteur du premier entable-ment, où il resta pendant quelque tems. Enfin en 1654 la Reine nomma Pierrele Muet pour la continuation de ce monument, elle lui associa Gabriel le Duc,Sc ces deux Architectes ont porté cet édifice au point de perfection où on le voitZ. présent.
Plan général -au rez-de-chaujsée de F Eglise és du Monafiere du Val-de-Grace.
Planche Premiere.
Cet édifice consiste en plusieurs grands corps de logis Sc en une Eglise d’unemagnifique construction. Le plan que nous donnons ici, auíïì bien que toutes lesplanches qui présentent les developemens de ce superbe monument, a été gravépar Marot, d’après les projets des sieurs le Muet Sc le Duc, avant que cet édifi-ce fut entierement achevé. En conséquence il pourroit fe trouver quelques diffé-rences entre ces Planches & f exécution, mais comme elles ne font pas d’une gran-de importance, ne se rencontrant pour la plupart que dans les parties de la dis-tribution interieure du monastère, nous les avons laissé subsister,d’autant plus queRentrée de cette Abbaye étant d’un assez difficile accès , nous n’avons pû que re-former tout ce qui peut intéresser les Artistes, soit dans la décoration, soit dansla distribution de l'Egiife qui est toujours ouverte aux amateurs Sc aux étrangers.
If entrée de cette Eglise est précedée d’une grande cour, qui actuellement n’ade longueur qu environ 21 toises fur 35 de largeur. Je dis actuellement, parceque
(a) On peut dire que c’est à cet habile Architecte queîious sommes redevables du rétablissement de la bonne Ar-chitecture en France ; le Château de Maisons, l’Egiife desFilles Ste. Marie,à Paris, le portail des Feuillans, celuides Minimes, &c , font des preuves de ce que j’avance.II étoit fils de Pierre-François Manfard, Architecte célé-bré pour son tems, descendant d’une famille originaire de
Rome, mais établie en France depuis 800 ans, qui avoitrempli successivement les emplois d’Architectes, de Pein-tres & de Sculpteurs de nos Rois. Celui dont nous par-lons est né à Paris en 1 , & est mort premier Archi-
tecte du Roi, en 1 666, âgé de 68 ans : il a été enterréà St, Paul.
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