Hôtel deBeauvais.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. IV,
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F utilité ; le premier, en ce que tout le rez-de-chaussée du côté de la cour est des-tiné aux dépendances d’une maison regardée comme très-importante pour ie temsou elle a été bâtie; le second, parce que pour joindre à ce bâtiment des reve-nus , du côté de la rue 8. Antoine, on a pratiqué des boutiques qui isont aucunecommunication avec le grand corps de logis. Ces bâtimens répondent à la né-cessité où Ton se trouvoit d’élever dans ce quartier un édifice capable de le dé-corer Sc qui en même tems pût loger des gens de commerce dont le nombre estustez considérable dans cette rue. Ce genre d’édifice, quoique distribué avec moins-de commodité en apparence que ceux qu’on éieve de nos jours , devroit êtreimité dans plus.d’une occasion; on ne verroit pas alors les quartiers destinés aucommerce occupés la plupart par des maisons qui n’ont pour objet que la ma-gnificence , Sc d’autres au contraire où l’on ne devroit bâtir que de beaux Hôtels,.défigurés par des boutiques Sc des maisons particulières. Ce deffaut de convenan-ce nom seulement nuit à l’embelliísement de la Capitale, mais même est préju-diciable à l’intérêt des propriétaires, au lieu que si l’on imitoît plus souvent lebâtiment dont nous parlons, il en résulteroit deux avantages réels ; le premier,qu’il n’y auroit point de bâtiment qui ne rapportât quelque revenu ; le second,-que tous les quartiers en seroient bien plus peuplés, Sc conséquemment les Ci-toyens plus en fureté, fans néanmoins que cette eípece d’œconomie nuisit à ladécoration des rues dont la plupart des façades font trop négligées.
Cette négligence provient fans doute de ce que dans les plus beaux quartiersde Paris les principaux corps de logis des bâtimens d’une certaine importancefont élevés entre cour Sc jardin , Sc que ceux au contraire que l’on destine aucommerce font bâtis avec tant d’irrégularité & avec si peu de goût , qu’on seroittenté de croire , contre toute idée de vraisemblance , que la simétrie est incom-patible avec l’intérêt des particuliers, dont le plus grand nombre íembie avoir-besoin pour fe réunir sous une idée commune, d’être conduit Sc animé au bienpublic par les Officiers chargés de l’alignement des rues, le Voyer, la Police«&c, qui Tailleurs font très-attentiís à tout ce qui peut contribuer à la commo-dité Sc à futilité des habitans.
Pour revenir au plan du rez-de-chaussée de l’Hôtei de Beauvais, nous obser-verons que le mur de face du côté de la rue est percé de cinq arcades ; celledu milieu est destinée au passage des personnes qui habitent dans le principalcorps de bâtiment, Sc les quatre autres pour les boutiques dont nous venons deparler ; ces boutiques font séparées chacune par un passage qui conduit à un es-calier pour monter aux entreíoles qui en dépendent Sc qui íont comprises dansla hauteur des arcades du rez-de-chaussée de cette façade. L’arcade du milieuconduit à un porche circulaire orné de huit colonnes d’Ordre Dorique couron-nées d’une corniche mutulaire. Cette ordonnance est d’une belle exécution, Sc deRentrée de ce porche, vers A, l'on jouit peut -être du plus beau coup d’œil qu’ilsoit possible d’imaginer par l’aípect de f Architecture qui décore le fond de lacour au premier étage. Comme cet étage se trouve rétréci par i’obiiquité desmurs collatéraux de cette même cour , Sc orné dans son pourtour de colonnes,de pilastres, & de membres d’Architecture distribués avec beaucoup de goût, cetassemblage forme une perspective réelle au-dessus de toute description. Nous n’a-vons pas donné les élévations du dedans de la cour, parce qu’elles n’étoient pasgravées dans les œuvres de Marot dont ces Planches font tirées ; Tailleurs ellesne repréíènteroient que très-imparfaitement le coup d’œil dont je veux parler,qui mérite à bon droit d’être examiné fur le lieu. C’est pourquoi j’y renvoyé ex-pressément nos jeunes Dessinateurs Sc Peintres d’Architecture, tant pour leur faireconnoître le pouvoir de foptique Sc l’effet que produit le clair obscur, que pourleur apprendre à rendre la vérité des tons, des lumières, des teintes Sc des om-bres.