ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.
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CHAPITRE III t
Description du Bâtiment de la Fontaine des Innocens , situé au coin des
Rues S. Denis & aux Fers.
L ’Edifice que nous décrivons fut bâti en 1550 dans Pétat où on le voit aujour- d Fontained’hui ; mais la construction primitive de cette Fontaine est fort ancienne, puis-que, selon le sentiment de plusieurs Auteurs, il en est fait mention dans les Lettres Pa-tentes de Philippe le Hardi , données lan 1273 , à propos d un accord fait entre ceRoi & le Chapitre de S. Médéric. Ce fut Pierre Lefcot (a) , Abbé de Clagny , qui don-na les desseins de P Architecture de ce monument, & Jean Goujon (F) fut chargé de '
la sculpture, ouvrage regardé des Connoilseurs comme un des chefs-d oeuvres decet Art.
Elévation d’une des faces de la Fontaine des Innocens , du côté de la rue aux Fers.
Planche Premiere.
Cette fontaine, située à Pencoignûre de deux rues, est composée de deux façadesen retour d’équerre, l’une contenant deux arcades Sc P autre une seulement : ces arca-des font comprises dans la hauteur d’un Ordre de Pilastres Composites, élé vé fur un Pié-destal Sc celui-ci fur un soubassement. Au-deíses de cet Ordre s’éleve un Attiquecouronné de frontons, ainsi qu on le remarque dans cette Planche. Nous ne donnonspas ici 1 autre façade enrccour, étant compoiee dunp Architecture semblable & enric->des mêmes ornemens Sc figures, qui ne différent de celles de la façade dont nous par-lons que dans les attitudes.
Cette Planche, anciennement gravée, l’est avec assez de fidélité, principalement pource qui regarde les bas reliefs, qui fans contredit font un des principaux mérites de cebâtiment ; car on peut dire que P Architecture, exécutée d’ailleurs avec pureté Sc pro-filée d’aísez bon goût, pèche contre la convenance. Nous remarquerons à cette occa-sion qu’en général, quoique ce monument se soit acquis jusqu’à présent une granderéputation, les deux parties eísentielles qui doivent caractériser un bâtiment aquati-que sont omises dans celui-ci ; sçavoir, d’une part Inapplication d’un Ordre viril, Scde Pautre Pabondance des eaux, qui extérieurement devroient se répandre avec plusde profusion, du moins dans certaines occasions. En effet dans cet édifice, ainsi quedans presque tous ceux de ce genre qui sont bâtis à Paris, Peau ne s’échappe que parde petits mascarons, qui bien loin de nous annoncer qu une Riviere considérable passeau milieu de cette Capitale, semblent au contraire nous persuader que le terrein quenous habitons est un lieu sec Sc stérile. C’est ce qu il est facile de remarquer dans lemonument dont nous parlons , où l’on ne voit que deux robinets qui distribuent àpeine Peau aux habitans, Sc qui sont placés du côté de la rue S. Denis, ceux qui sevoyent dans cette Planche ayant été supprimés.
ATégard de P Architecture, on peut dire que fa délicatesse n’est pas du ressertd’une Fontaine publique : ajoutons à cela son peu de relief, ses restants trop réité-rés , la prodigalité de ses ornemens , remarquons même la finesse Sc la grâce de íàsculpture, qui dans toute autre occasion seroient un genre de beauté , mais qui nepeuvent ici être estimées que séparément, toutes ces richesses n’ayant rien de com-mun avec l’objet eísentiel ; car on peut dire en général que cette élégance & cetteexactitude dans la main d’œuvre, ne sont propres que dans de cçrtains ouvrages quipeuvent être vûs de près , où le talent de P Artiste peut être apperçû, A, où tout
(<z) Nous parlerons de cet Architecte en décrivant le célébré Sculpteur dans le second Vol. pag. 11. notre (a)
Château du Louvre. Chap. premier du quatriemeVolume. pag. 14p , 1 y o , Note (a) &c. sans sçavoir rien de par-(b) Nous avons déja parlé de quelques ouvrages de ce ticulier jusqu’à présent sur la vie de cet homme illustre.