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3 (1754) La description des principaux Edifices des Quartiers Saint Denis, Montmartre, du Palais Royal & Saint Honoré
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ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

C H A P I T R E V.

Description de la Maison de Madame la Comtesse dEftrades -

rue de Clery.

C ETTE Maison fut bâtie vers la fin du siecle dernier fur les desseins de JeanRicher (a) Architecte : elle est occupée aujourd’hui par M. de Coullanges.Quoique ce bâtiment ne soit pas distribué dans le goût moderne & que l’or-donnance des façades soit en quelque forte opposée à notre maniéré de décorer ,je ne me lasserai point de répéter qu’il me paroît important de mettre fous lesyeux des personnes qui fe destinent à l’Architecture differens moyens d’arriver à laperfection. Si l’on regardoit la plupart des bâtimens élévés dans le fiecle passe com-me inutiles dans ce Recueil, le public fe feroit trouvé privé des mcnumens quîfont le plus d’honneur à nos Architectes François. Le Château de Maisons, lePéristile du Louvre , le Val-de-Grace & beaucoup d’autres édifices de réputationferoient dans ce cas ; cependant peut-on disconvenir que ce font autant de chefs-d’œuvres dignes de la curiosité des Etrangers 8c de l’étude de nos Architectes ?

Il est vrai que la maison dont nous parlons est bien inférieure en beauté à cesmonumens ; mais on ne peut lui refuser un certain caractère de simplicité 8cde noblesse dans fa décoration , de choix dans ses profils, 8c une fermeté d’ex^ref-sion dans la distribution des membres qui la composent, qui fe rencontrent rare-ment dans les maisons que nous élevons de nos jours. Sa distribution, à la vérité, n estpas susceptible des commodités qui font en usage aujourd’hui ; mais outre qu’il estdifficile qu’un édifice contienne toutes les perfections qu’exige l’Architecture , com-bien d’autres , tant anciens que modernes, à commencer par le Palais Royal, au-roient dû ne pas trouver ici leur place. D’ailieurs il faut fe ressouvenir que l’objetprincipal de ce Livre est de présenter la plus grande partie des édifices de cette Ca-pitale 8c de fes environs ; qu’en conséquence on doit s’attendre à ne pas trouver lesbâtimens qui le composent toûjours également intéressms , quoique cependant onait observé de n’y en pas inférer un qui ne mérite quelque attention, 8c que cetteidée feule nous ait paru suffire , parce que iorfqu’ii s’agit de s’instruire , rien n’est vé-ritablement indifférent. Or pour que cela arrive, il faut certainement co m parer,puisque ce n’est que par l’efprit de comparaison, qu’on peut estimer le rapport desmasses avec les parties d’un bâtiment, asin de prendre ce qu’il y a de meilleur danschacun, 8c d’en déduire comme autant de principes capables de nous conduirede plus en plus à la perfection de notre Art. Perfection qui au contraire sembledécliner, parce que nos jeunes Architectes négligent d’examineravec foin nos dicte—rens édifices, 8c ce qu’ils ont de louable chacun en particulier, quoique dans letout il ne soient pas généralement estimés.

Qu’on ne s’y trompe pas, une croisée d’une belle proportion, un avant-corps bienen rapport avec la dimension de la façade , un pavillon bien amorti, un beau profil,un escalier heureusement disposé, une cour d’une belle forme, enfin des ornemensd’un beau choix suffisent pour déterminer un homme déja avancé à la recherche 8cà l’examen de ces différentes beautés de détail, persuadé que c’est le moyen le plussûr de parvenir à l’excelience de l’Architecture.

Je sens bien que ceux qui fe disent curieux 8c qui n’ontd’autre objet que d’amaíîèrdes livres ou des estampes, pour la piûpart assez mal gravées, seront peu touchés de

(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte dans le Chapitre premier de ce Volume Pag, z. Not. (r).

Tome 111. E

Mailonrue deClery.