ARCHITECTURE FRANÇOI SE,Lív. V. 6$
géométral ; mais comme le plan de cette partie supérieure est en retraite de deuxpieds ( Voyez la Planche IV. ) â que la rue S. Thomas est fort étroite, le point dedistance n est pas assez éloigné pour que cet œil de bœuf puisse s’appercevoir d’en bas.
Dans ce frontispice font pratiqués deux frontons circulaires ; l’un contient uncartel, l’autre est feulement amorti d’une croix. Ces deux frontons dans le mê-me portail ne font peut - être pas ce qu il y a de mieux à imiter , nous en avonsdiscuté les raisons en parlant de S. Gervais, des Minimes, du Val-de-Grace, Scc.D’ailleurs ces deux frontons circulaires fur un pian en tour ronde, forment uncontraste condamnable. M. Germain avoit voyagé long-tems en Italie, il y avoirpuisé le goût de Michel-Ange , du Cavalier Bernin , du Boromìnì , tous hommes à lavérité d'un génie rare & excellent, mais qui par la fécondité de leur imagina^tion, font souvent sortis des régies de PArt pour produire des monumens d’unecompolìtion aussi singulière que bifarre , entr’autres le Cavalier Boromini. Notre Ar-tiste , plein de ces merveilles Sc d’après ces grands maîtres, s’étoit crû autorisé àles imiter dans fes productions , ce qui lui a quelquefois réussi dans fa profession ,sans réfléchir néanmoins que ce qu’ii avoit retenu de ces hommes illustres ne pou-voit pas toûjours s’employer dans i’Architecture Sc principalement dans nos bâti—mens françois, ou du moins que les formes pittoresques ne peuvent être hasar-dées que dans de certaines occasions Sc dans de très-grands édifices , où la gran-deur des masses fait souvent décider de la quantité des parties, auffi-bien que duchoix de leur forme Sc de leur situation. Cette considération nous autorise à croi-re qu’en générai on ne doit pas imiter les Anciens indistinctement, car on nepeut disconvenir qu’iis n’ayent fait usage cte plusieurs licences qu U n’appartenoicqu’à eux de mettre en œuvre, Sc qu’un homme de goût doit absolument éviter.En effet, quoiqu il puisse arriver qu’un Architecte ait assez d’art pour rendre ceslicences des fautes heureuses dans fes cossipositions, elles n’en font pas moinsun objet dangereux d’imitation pour ceux qui n’ont qu une médiocre intelligence ;imitation qui tend à les faire écarter insensiblement des régies de Part & à apnor-ter involontairement un dérèglement dans P Architecture.
La Figure deuxíeme offre la coupe intérieure de cette Eglise , prise dans laPlanche premiere fur la ligne AR. Cette coupe fait voir le côté du sanctuaireformant une tour creuse , le Maître-Autel, les arcs doubleaux Sc les deux renfon-cemens G, FI, dont nous avons parlé.
La voûte de cette Eglise est pour la plus grande partie en charpente couvertede maçonnerie, Sc le reste en pierre , (Voyez la Planche quatrième.) mais cesdeux parties font si bien accordées l’une avec 1 autre, que cet artifice , mis en œu-vre par économie, ne s’apperçoit pas d’en bas. Les compartimens qui décorentcette voûte , quoiqu’un peu chargés d’ouvrage, peuvent être regardés commeun chef-d’œuvre. C’est ici que M. Germain a épuisé toutes les ressources de sonArt, tant pour la beauté des formes, que pour Pélégance des contours. Enfin laSculpture se trouve si bien mariée avec P Architecture, & le choix des ornemensest si judicieux , que ce morceau seul feroit l’éloge de cet Artiste , si chaque pro-duction qui est sortie de fes fçavantes mains, né toit déja reconnue pour autant demerveilles.
A Poccasion de cette voûte dont Pafpect frappe les moins éclairés, Sc où l’onpeut dire que la sculpture est employée avec fermeté, fans rudesse, Sc exécutéed’une maniéré moelleuse, Sc recherchée, fans sécheresse, nous examinerons ici la-quelle des deux , de la Peinture, ou de la Sculpture, doit être employée préfé-rablement avec P Architecture dans les voûtes Sc les plafonds des édifices, sacrés ,publics, ou particuliers.
Me fera-t’il permis dâvancer que la construction d'un édifice, formé d’une ma-tière solide Sc dont des voûtes en pierre, ou supposées telles, terminent la partie
Tome HI. R
Eglise deS. LouisduLouvre.