ARCHITECTURE FRANÇOISE , Liv, VI . |
Charles Perrault rapporte auíïl dans le premier volume manuscrit dont nousvenons de parler note (d) J „ que dans ce tems Sebastien Serlio i Architecte Ita-» lien » vint en France& que le Roi lui ordonna de faire un deílèin pour le Louvre ;
feulement nous pouvons attester que tout ce que con-tiennent ces recueils est destiné par lui-même, mais que lajálus graíide partie des explications & des indications né-ceflaires pour parvenir a la description de ces bâtimens yest écrite de fa main. Ce dernier article nous est prouvé partine Lettre originale, datée du 18 Septembre 1671, quiest à la tête du premier des volumes que nous citons, &que Claude Perrault avoir écrite à M. Vigarani , pour leremercier des complitnens qu’il lui faisoit touchant lenouveau chapiteau Composite François pour letroiïiémeOrdre de la cour du Louvre, dont il venoit de faire unínodele, & dont M. Vigarani devoir rendre compte àM. de Lionne , alors Ministre.
Nous pouvons faire observer austì à nos Lecteurs,que ces recueils contiennent des compositions très - inté-reííantes , pleines de feu, de génie 8c d’inveiìtion ; quepar-tout on y reconnoît les mêmes beautés qu’on admireâujourd’hui dans le péristile du Louvre, & que les ob-servations qui les accompagnent font du même stile queles commentaires que ce sçavant nous a laiste fur Vitruve.On en peut faire la preuve dans les Livres originaux dontnous parlons, déposés entre les mains de M. Portail ,Garde des tableaux du Roi, à la Sur-lntendance à Ver-sailles.
Ce qui a fans doute fait contester à Perrault la gloired’être l’Auteur du péristile du Louvre, vient de ce quepresque personne n’ignore que M. Colbert chargea, parordre de Sa Majesté,Messieurs le Veau, le Brun 8c Perraultde travailler de concert à la composition de ce monu-ment ; mais , comme on le verra par une délibérationdes Bâtimens du Roi que nôus rapporterons plus bas , ilh’y a point de doute que les desseins de Perrault n’ayentété préférés. Cette délibération, jointe à l’autorité des des-seins originaux dont notis venons de parler, leve le voile,qui jusqu a présent avoit jetté de l’obscurité sur Cet évé-nement. Ajoutons à cela, qu’en général les Artistes quiexercent l’Architecture, endurent difficilement que ceuxqui n’en font pas ouvertement leur profession, ayent destalens supérieurs. Perrault étoit de l’Académie Royaledes Sciences, Docteur en Médecine de la Faculté deParis : en faut-il davantage pour que la plupart des gensdu métier se soient soulevés contre lui, & lui ayent re-fusé la qualité d’Architecte ? Peut-on , disent - ils, êtrehabile dans plus d’un genre ? Sans doute : nous avons eude grands Peintres , de grands Architectes, de grandsSculpteurs dans la même personne. L’Abbé de Clagny ,bon Théologien, étoit aussi très-bon Architecte. Le Brun ,célébré Peintre, postedoit l’Architecture au dessus debien des hommes qui exercent cette profession. MichelAnge , le Cavalier Bernin dans le siécle passé, l’un grandPeintre, l’autre grand Sculpteur , ont laissé des momi-mens élevés fur leurs desseins. De nos jours Gilles Op-
penor , un de nos plus grands Dessinateurs, a fait éleverquelques Édifices. Messieurs Meistonier 8c Germain , Or-fèvres du premier ordre, se sont exercés à l’Architectureavec une forte de succès. Enfin Vitruve recommande àun Architecte les connoissances essentielles de la Musi-que , de la Médecine, du Génie militaire, des Mathé-matiques , du Dessein , &c. La plupart même de ceuxde son tems en étoient pourvus ; c’est ce que personnen’ignore. Mais aujourd’hui nos Artistes plus superficiels *plus distraits 8c plus dissipés, regardent avec une fortede honte là nécessité de reconnoître des talens supérieursen Architecture chez un homme qui paroistoit destinépour toute autre occupation. En conséquence de ce fauxraisonnement, Claude Perrault a de son vivant, comme
ceux de nos jours lui ont refusé & lui disputent les connois-sances profondes del’art de bâtir. On ne peut cependantignorer qu’il a été bon Méchanicien, par les machines qu’ilcomposa pour la construction du Louvre, & dont il nousa donné les desseins dans fa traduction de Vitruve j grandÉcrivain, par ce même Livre qu’il a composé avec autantde sçavoir que d'érudition ; grand Architecte, par les fa-çades du Louvre , l’Observatoire 8c l’arc de triomphequ’il fit ériger sous Louis XIV ; fans compter une quan-tité prodigieuse de projets qu’il avoit faits pour le vieuxLouvre, & pour d’autres édifices d’importance, doncles desseins existent dans les deux volumes qui appartien-nent au Roi, 8c que nous venons de citer : enfin profondThéoricien, par son traité des cinq Ordres, qui n’est pasfans mérite, malgré la critique qu’en vient de faire un denos Architectes dans son Traité du beau ejstentiel dans lesArts ò &c. dans le dessein fans doute de préconiser Fran-çois Blondel 3 célébré Architecte, à la vérité , mais dansle Cours d’Architecture duquel il s’est glissé plus duneerreur , que son Apologiste a copiée indistinctement.Au teste cet aveuglement est ordinaire à ceux qui parquelque motif que ce soit prennent un esprit de partidans leurs écrits, aussi bien que dans les systèmes qu’ilsont adoptés.
Dans la Crainte que les preuves que nous venons derapporter ne suffisent pas pour persuader ceux qui parune ridicule incrédulité se font un mérite de douterde tout, nous allons joindre à cette note un extrait desregistres ou journal des bâtimens du Roi, que Piganioinous adonné dans son second volume, p. 6a 8.
» Voici, dit-il, un papier qui m’est tombé par hazard» entre les mains, & qui non-seulement n’est pas un de» ceux que M. Dorbay [6] offroit à M. Boileau Des -*» préaux de mettre fur table , mais même qui les réfuté» absolument. Cette piece [7] est un acte autentique ,» ayant été vue & approuvée, ainsi qu’il paroît par uny
[<] François Dorbay , dont nous avons parlé au second volume p. i étoit, comme nous l’avons dit, éleve de Le peau : en cette qua-lité il étoit antagoniste de Perrault , & offrit en 1694 à Boileau , ennemi déclaré des Perrault, qui donna cette année une nouvelle édition,de ses Ouvrages, de prouver que les desseins qu’on a suivis pour la façade du Louvre étoient de Le Veau{ mort en 1670.) II le dit effective-ment dans la premiere de ses réflexions íur le traité du sublime de Longin , & il déclare qu’il n’écoit pas vrai que cette façade du Louvre ,ni l’Obscrvatoire , ni l’arc de triomphe eussent été élevés fur les desseins d’un Médecin de la Faculté de Paris. Mais ce qui prouve que cePoëte célébré avoit été aigri contre les Perrault, c’est l’aveu public que Boileau fit à Charles Perrault, en lui écrivant en 17004que le défit de se voir critiqué lui avoit fait dire des choses qu’il feroit mieux de n’avoir sas dit : excuse assez soible à la vérité , après avoir,donné lieu j'usqu’à présent à l’incertitude où semblent être la plupart des Artistes fur le véritable Auteur de ces merveilles de l’Art , quipeuvent à bon droit être regardées comme le triomphe de l’Architecture Françoise , &qui ne peuvent gueres connoître de rivales que laporte S. Denis par Blondel , le Château de Maisons , & le T al-de-Grace par François Mansard , &c.
[7] Nous ignorons où Piganioi a pris cet extrait, il ne cite rien dans son Livre > & dit seulement que ce papier lui est tombé entre legmainsnéanmoins il y a bien de l’apparence qu’il n’a pas avancé ce fait sens une preuve incontestable. Nous avons tenté a ce sujet de fairedes recherches dans les registres de l’Académie Royale d’Architecture ; mais Feutrée de ses archives est si difficile, que nous n avons pify pénétrer. Nous n’avons pas été plus heureux dans les recherches que nous avons faites fur le compte de Le Veau dans les porte-feuilleades Contrôleurs des Bâtimens du Roi, auprès de la plûpan desquçls nous avons trouvé beaucoup d’affabilité , mais aucune sekiîfactioAppurles éclaircíffemens dont nous avions besoin.
Tome IV, B
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Château dùLouvre^