6 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. VI.
cM^au du „ ce qu’il fit avec une forte de succe's : mais que n-eanmoins celui de Pierre Lescot s» Parisien, Abbé de Clagny , fut préféré' & exécuté tel qu’on le voit aujourd’hui »-, avec l’applaudissement unanime des Citoyens & des Étrangers. On peut'remar-^„ quer > dit - il, que la me me choie est arrivée fous le régne de Louis XIV. Ce
■-ti apostille en marge , écrite de la main même de M. », tention de Sa Majesté, le dessein de la façade du Louvre,« Colbert , Contrôleur général des Finances, 8c Sur-Inten- -, ou il y a un péristile, feroit exécuté, & que pour cet effet„ dant des Bâtimens duRoi. -- les plans 8c les élévations en seroient faits en grand,
» Registre ou Journal des délibérations , ou résolutions „ pour être présentés de nouveau au Roi , & ensuite signés.„ touchant les Bâtimens du Roi. „ par mondât Seigneur.
„ Monseigneur le Sur-Intendant ayant considéré qu’au- ,, Qu’il fera fait un modele en bois de cette façade,•*> cun des Architectes, tant de France que d’Italie [ 8 ] », pour être monté fur le modele général du Louvre, qui
■ », n’avoient entierement réussi dans les desseins du Lóu- » est actuellement chez M. le Veau , afin de juger de l'u-„ vre qu’ils ont donné, & ayant estimé que cet ouvrage -, nion de cette façade avec le reste.
-, demandoit le génie, la science & l’application de plu- -, Qu’outre ce modele en bois, il en fera fait un plus„ sieurs personnes, qui joignant ensemble leurs dissérens ,, grand de cette façade en plâtre ou en stuc, réduit de la» talens, fe fecoureroient l’un & 1 autre, & s’aideroient „ toise au pied.
>, mutuellement; pour cet effet ayant jettéles yeux fur „ Qu’il fera fait un dessein au net du dôme vers la« Messieurs le Veau , le Brun 8c Perrault , il les manda, „ rue S. Honoré, 8c fera envoyé à Monseigneur pour être
-, & les fit venir chez lui le . .. Avril i 66-j , 8c après leur », présenté au Roi 8c ensuite arrêté [ x o].
-, avoir expliqué son intention, & fait entendre qu’il dé- -, Que la sculpture qui reste à faire au Louvre sur ce„ siroit qu ils travaillassent unanimement & conjointe- -, qui est bâti , & à laquelle les Entrepreneurs seront„ ment à tous les desseins qu’il y aurait à faire pour l’a- „ obligés, fera estimée, pour le prix en être déduit ausdits», chevement du Palais du Louvre , enforte que ces des- -, Entrepreneurs fur ce qui peut leur être dû de ces Ou-», feins seroient regardés comme l’ouvrage d’eux trois -, vrages.
-, également, Sc que pour conserver Funion& bonne in- „ Le 24 Mai Messieurs le Veau , le Brun 8c Perrault-- telligence, aucun ne pourroit s’en dire Fauteur parti- -, résolurent de s’assembler [ 11 ] tous les mercredis 8c-, culierement au préjudice des autres ; il leur ordonna -- samedis , pour conférer 8c travailler ensemble à ce qui-, de travailler incessamment en commun à former un -, regarde les bâtimens.
», plan & une élévation de la façade de F entrée du Lou- Voilà une partie de l’extrait de ce qui regarde parti--, vre, du côté de S. Germain l’Àuxerrois. culierement Perrault, tiré du registre dont nous avons
„ Suivant cet ordre, lefdits Sieurs le Veau le Brun 8c parlé. Nous finirons cette note, en assurant de notre im--, Perrault fe font assemblés plusieurs fois pour conférer partialité fur la discussion dont il s’agit. Comme citoyen ,», ensemble j &. setant trouvés de dissérens avis, au lieu fans doute, il nous est égal que ce soit Perrault , le Brun„ d’un seul dessein pour la façade, ils en firent deux , ou le Veau qui ayent érigé ce monument si digne de lá-, dont f un étoit orne d’un Ordre de colonnes , formant splendeur du régne de Louis XIV; mais comme Artiste,», un péristile ou galerie au dessus du premier étage, Sc nous avons cru qu il n’étoit pas indifférent d’éclaircir, au--, l’autre étoit plus simple 8c plus uni, fans Ordre de co- tant qu’il feroit en nous, un doute, qu’un peu de recher-», lonnes. Monseigneur ayant víì ces desseins, leur dit d’y ches de notre part peut faire évanouir à l’avenir pour les-, travailler encore tous trois, & de les tenir tous prêts personnes qui prennent une forte d’intérêt à l’histoire de», pour les faire voir au Roi quand il les manderoit. nos Architectes. Au reste , si l’on a quelque raison à nous
», Le 13 Mai l’ordre vint de porter ces desseins à Saint- alléguer en faveur de le Veau , de le Brun , &c. nous» Germain-en-Laye , ou n ayant pu être montrés à Sa recevrons avec plaisir les observations qu’on pourra nous», Majesté le même jour, ils lui surent présentés le len- faire à ce sujet, n’ayant absolument d’autre intention que-, demain par Monseigneur le Sur-Intendant : ensuite de de rendre justice à qui elle appartient. Nous déclarons», quoi Sa Majesté fe détermina, 8c choisit celui qui est donc n’avoir pris aucun parti dans cette dispute ; Perraultv orné d’un Ordre de colonnes [ 9 ]. ne nous intéressant que comme commentateur de
-, Le 18 du même mois, Monseigneur ayant mandé Vitruve.
-, les Officiers des Bâtimens, il leur dit que suivant Fin-
[8] En effet, le Cavalier Jéan-Laurent Bernin sut appelle dTtalie par Sa Majesté, comme le plus fameux Architecte qui fût alors danscette partie de l’Europe ; mais après qu’on eut examiné ses desseins & ses modèles, on préféra ceux qui ont produit la décoration qui fevoit aujourd’hui. Mais , dit un Auteur moderne , » si le voyage à Paris du Cavalier Bernin servit peu à l’embelliffement du Louvre, il» servit du moins à signaler la magnificence de Louis XIV. qui donna à cet Architecte une gratification de cent cinquante mille livres,» une pension annuelle de six mille livres, Sc son portrait enrichi de diamans. Ce Prince lui fit aussi payer les frais de son voyage & ceux„ de son séjour dans cette Capitale , à raison de cent livres par jour. Observation qui prouve que Louis XIV . étoit le premier Prince ditmonde pour récompenser les talens , & exciter Vémulation des Artistes. A l’égard des Architectes François, il est certain que plusieurs avoientdonné des desseins qui ne plurent que médiocrement : Le Veau n’en paroît pas même excepté ; car, comme premier Architecte du Rois’il avoir été en état de rendre les intentions de Sa Majesté, il n’auroit pas souffert qu’on lui eût associé Le Brun Sc Perrault , qui n’écoientnil’un ni l’autre Architectes de profession ; ce que fit néanmoins Louis XIV. qui comme le meilleur Prince qui fut au monde , & ne vou-lant point fans doute chagriner Le Veau , lui donna pour émules des hommes d’un talent supérieur , qui ne pouvoient le déshonorer , n’é-tânt point Architectes de profession.
[9] Il n’y a point de doute que ce dessein , choisi par Sa Majesté , ne fût celui de Perrault, non seulement par la preuve des dessein*originaux , doat nous avons parlé précédemment, qui existent dans les deux volumes qui appartiennent au Roi, & qui font sous lagarde de M. Portail, à la Sur-Intendance à Versailles ; mais encore parce que l’on ne reconnoît point dans cette production le goût de LeVeau , ainsi qu’on peut s’en convaincre par les Bâtimens que nous avons donnés de lui dans les volumes précédens ; au lieu qu’il paroîtcertain que celui qui a imaginé l’arc de triomphe est l’auteur du péristile. Voyez ce monument dans le second volume de ce recueil, p. 137.Au reste , il se pourroit bien que Le Brun , sur-arbitre dans cette occasion, Sc reconnu pour un génie grand & élevé , ait fortifié Perraultdans son projet ; mais pour recevoir des avis, on n’en est pas moins le créateur d’un ouvrage , & cette docilité , en la supposant telleque nous la disons , feroit feule capable de faire honneur à Perrault, n’y ayant que les demi-fçavans qui ne consultent personne, & qúiépris de^leur ignorance , n’applaudiffent qu’à leurs productions.
[10] Tout ceci sert encore de preuve pour Perrault ; car on voit dans les deux volumes originaux dont nous avons parlé, les projets■de ce Dôme, & une infinité d’autres relatifs au Louvre, dessinés de fa main , Sc dont les explications font écrites parlui-même.
[u] Sans doute M. Le Veau, comme premier Architecte du Roi, Perrault comme l’Auteur du projet, Sc Le Brun comme Arbitre»