Château •Louvre.
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ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. VI.
employées dans des Édifices d'importance, où une ordonnance grave ôc régulièredoit avoir la préférence.
Au dessous de ces Colosses dévoient être placées des inscriptions , qu il rapporteaussi dans ion Livre, lesquelles dévoient faire connoître l’allusion de ces Céans avecla grandeur des entreprises de Louis XIV. Ces inscriptions, semblables au style outréde celles qui se lisent aux Places des Victoires & Royale, & dont nous avons déjablâmé l’exagération, ont peut-être été la íource de Fimagination déréglée que l'onremarque dans la composition de ce dessein -, exefnples funestes , qui ont dans plusd’une occasion , porté quelques - uns de nos Artistes , par un motif d adulation,à produire en France des monumens qui annoncent plutôt l’ostentation , que la mo-destie, l’urbanité, & la retenue, qui à plus d’un égard, devroient caractérisernotre Nation.
Nous prions les personnes intelligentes de nous passer les digressions que nousnous trouvons obligés de faire dans la description de ce Palais immense -, nousen avons déja averti, nous rendrons justice aux productions de Claude Perrault ; nousne manquerons certainement pas d'en avouer les beautés ; mais nous ne croyonspas devoir nous refuser quelques observations fur les inadvertances que nous re-marquons dans ses Ouvrages, parce quelles pourroient servir à Pavenir d autorités ,quoique Perrault les ait souvent deíàprouvées lui - même , & qu elles ne sc trouventdans son recueil, que parce que Charles Perrault son frere s est fait un plaisir de ras-sembler les (Euvres entieres de cet Homme illustre.
On voit aussi dans ce même recueil la distribution qu ilavoit projettée pour laîledu côté de la rivière, devenue double au moyen du nouveau mur de face, élevéfur ses desseins, & dont nous avons déja parlé. Ces distributions étoient destinéespour les appartemens de Leurs Majestés, de préférence à toutes autres, à cause deleur exposition au midi ; exposition convenable, àk Perrault, pour un bâtiment élevédans une Capitale. Cette observation est judicieuse, fans doute, mais nous remar-querons qu’il est nécessaire que dans un Palais de Timportance de celui dont nousparlons, il y ait un appartement qui soit au levant ; autrement ils ne pourroient êtrehabités que l’hyver. D’ailleurs cet appartement, applaudi par Perrault, seroit tropexposé à la poussière des Quais, & au bruit continuel des voitures qui y passent ; dé-faut qui ne fçauroit gueres être compensé, que par la superbe vûe & la variété desaspects dont jouissent de ce côté ces appartemens. Nous remarquerons encoreque ces derniers manquoient absolument de commodité ; que la forme despièces , leur grandeur, & leur proportion étoient trop uniformes , la plupartfans symmétrie , & assez mal éclairés; ensorte que la dépense immense quel'on a faite pour doubler ce corps de logis, bien loin de produire des dedans com-modes, n’a contribué qu a procurer des façades extérieures d’une architecture plusrégulière -, encore faut-il convenir que l’ancienne façade du Louvre, du côté de krivière, élevée fur les desseins de Le Veau ,étoit d’une ordonnance très-estimable*( Voyez cette ancienne décoration , planche quatorze. ) Ces appartemens du mididont nous parlons, étoient projettés où sont exprimés dans cette planche les piècesmarquées A, situées du côté de la rìviere , & qui aujourd’hui, ainsi que toutes cel-les indiquées de même, font encore à découvert j considération pour laquelle on apassé une teinte legere , pour exprimer dans ce premier étage ce qui reste à ériger.
Passons présentement à la description des différentes pièces qui font actuellementoccupées dans cet étage supérieur.