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Château duLouvre.
ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.VI.
CHAPITRE X,
Elévation de la façade du Louvre , bâtie sur les desseins de Claude' Perrault , du côté de la Riviere. Planche XI,
C Ette façade a été auíïì élevée ítirles desseins de Claude Perrault ; elle est tour-te décorée de pilastres de même hauteur & de même diamètre que les colon-nes du péristile, dont nous avons parlé dans le Chapitre VIII : au lieu de médail-lons , on a placé, dans les arriere-corps, des croisées de proportion Attique ; & au-dessous , dans toute Fétendue du Bâtiment, on a ménagé des ouvertures de mêmeforme & grandeur que celles qui font pratiquées dans l’avant-corps & dans les pavil-lons de la façade du côté de S. Germain î Auxerrois. Cet Ordre Colossal est auíïì élevéfur un soubassement percé de croisées bombées. Ce dernier est soutenu fur un murde revêtissement qui devoir former l'un des paremens du fossé dont on avoir pro-jetté d’entourer cet Edifice, mais qui n’a pas eu lieu pour les raisons que nous enavons rapportées précédemment.
Les croisées Attiques paroissent un peu larges pour leur hauteur. On peut remar-quer encore que leur forme trop bombée ne présente pas une Architecture assezgrave; Tailleurs la disparité de leur ouverture avec les médaillons des avant - corps ,nuit à Fensemble général, & paroît annoncer par les dehors, des pieces intérieuresinégalement propres à l’habitation ; car, selon Fesprit de la convenance de cet Edifice,ces croisées Attiques ne doivent présenter que des ouvertures destinées à éclairer lapartie supérieure des grandes pieces du dedans de ce Palais, lesquelles, par leurgrand diamètre, ont besoin d’une certaine élévation susceptible dune lumière pro-portionnée à leur hauteur. Or, cette idée, qui doit se présenter à tout spectateur in-telligent , se trouve ici détruite ; la plus grande partie de ces ouvertures ne se re-marquant que dans les arriéré corps, tandis qu’au contraire les plus belles piecesdoivent être placées de préférence dans le milieu du Bâtiment. G’est par cetteconsidération qu il falloit affecter ces mêmes ouvertures au moins dans l avant-corps du milieu, dont les entre-pilastres, Tailleurs inégaux, ainsi que les percés,qui s’y trouvent dissemblables de hauteur & de largeur, annoncent une décora-tion peu conforme aux réglés de l’Art, lesquelles exigent que toutes les ouvertu-res d’un même corps soient Tune égale dimension.
Nous remarquerons aussi que dans l’extérieur d’un Bâtiment, les plinthes hori-zontaux & continus doivent annoncer les différens planchers qui divisent inté-rieurement la hauteur de l’Edifice ; que pour cela il est nécessaire de les supprimerabsolument dans la décoration Tune façade où l’on fait présider un Ordre Colofíal, qui donne toujours â connoître par les dehors , Fimmensité des dedans. Aureste cette division nuit en général à l’ordonnance de FOrdre ; c’est ce qu’on a prisfoin d’éviter dans les façades des places de Vendôme & des Viôloires , quoiqueF on soit prévenu, par leur aspect , que les dedans font divisés dans leur hauteur pardes planchers Tune élévation proportionnée à des appartemens particuliers • idéetoute naturelle, qu’on ne peut certainement prendre d’un Edifice du genre de celuidu Louvre.
Toute cette façade est exécutée telle quelle íè voit ici, à l’exception de la balusit rade supérieure, du fronton de l’avant-corps du milieu , &c de tous les ornemensqui, au lieu d’être sculptés, font restés en pierre d’attente , exceptés les deux cha-piteaux Corinthiens qui forment la partie anguleuse de cette façade du côté de S.