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A RCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. VI, é 9
beau , ont usé de ces eípeces d’ornemens avec une prodigalité blâmable ? Qu’on y c]lâtEill ^réfléchisse , on doit travailler pour la postérité : celle-ci n’a point d égard à toutes cespuérilités, qui d ailleurs permettent rarement qu on leur conserve une sorte deproportion avec celle de l’ordonnance de l'Edistce; seule considération que de-vroient avoir en vue les ordonnateurs en général 8c les Architectes en particu-lier. Au reste nous ne prétendons pas qu il ne faille jamais faire usage du Blasondans la décoration des Bâtimens ; personne n ignore que c’est par ce moyen quela Sculpture est devenue l’Historiographe des tems ; nous ne blâmons ici que1 abus qu en font nos Architectes, qui fans aucune réserve , emploient sans choix 8cfans convenance, ces marques de la vanité humaine jusques dans nos Temples,ainsi que nous l’avons dé j a remarqué, 8c qui non contens de les prodiguer dansl’intérieur de nos appartemens, les placent jusques fur les meubles, 8cc.
Nous allons terminer la description de ce vaste Edifice par la coupe des Bâti-mens intérieurs du Louvre , qu’avoit projettes le Cavalier Bernin. Cette coupe estrelative aux élévations que nous avons données de lui dans les planches VIII & XIÍde ce Volume. Nous remarquerons seulement qu’il paroît étonnant qu avec deSprincipes communs à f Architecture en général, nos Architectes s’accordent si peudans leurs compositions, principalement lorsqu’il s’agit de l’ordonnance d'un mê-me Palais. D’oû peut naître cette diversité d’opinions ; Pourquoi tant de variété dansla maniéré de procéder ? L’Architecture na-t-elle pas ses préceptes inviolables ? Lesloix du bon goût ne doivent-elles pas être les mêmes pour chaque genre de bâti-ment ? Quand les Maîtres de f Art prononceront - ils donc définitivement à cetégard ? Ne sommes-nous pas plus en état que jamais de décider quelque choie depositif pour fixer la proportion, la disposition 8c la convenance qu'on doit obser-ver pour tel ou tel Edifice } Doit-il paroître indifférent ou arbitraire de faire usagedes Ordres coloííàux qui comprennent plusieurs étages dans leur hauteur , ou d’eilélever plusieurs les uns au - dessus des autres , de les employer indistinctementd’une expression solide ou légere , de substituer les colonnes aux pilastres , oules pilastres aux colonnes ì Doit-il être libre enfin de mésuser de leur multiplici-té, ou de les supprimer tout-à-fait dans nos décorations? Cette indéterminationnannonce-t-elle pas le dérèglement de notre imagination ou notre incertitude >Devons-nous enfin considérer avec le même œil le péristile du Louvre 8c les faça-des de la cour du même Balais; le Château de Maisons 8c celui de Clagny ?Pourquoi Versailles , Marly , Meudon , 8c tant d’autres Edifices élevés pour lamême fin, font-ils si dissemblables entr’eux , tandis qu’au contraire nos Tem-ples , nos Hôtels , nos Maisons bourgeoises paraissent si souvent uniformes 8cjettés dans le même moule ; Qu'on ne s’y trompe pas, cette monotonie dans ces der-nieres vient moins d’une répétition blâmable dans leur ordonnance 8c dans leurdécoration , que de la négligence de leur Architecte. Certainement chaque Edi-fice doit s’annoncer pour ce qu’il est : il doit indiquer la dignité du propriétaire-,
1 étendue du Bâtiment, son exposition, fa situation. L’œconomie ou la magni-ficence fournissent Tailleurs assez de moyens à un Architecte expérimenté pour^arie r son ordonnance dans les détails , fans , vouloir affecter une dissemblancedéraisonnable dans les dimensions générales 8c dans la composition des Edificesstm ayant du rapport entr’eux , doivent par leur espece s’annoncer fous le mêmepoint de vue.
Tome IV,
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