— 38 —
d’intérêt, et, quand elle a fini, lui dit : « c’estbien, ma bonne, je vois ce que c’est; fermez lesyeux et montrez-moi votre langue. » La vieilleobéit; à l’instant le docteur tourne le dos, s’é-loigne, laissant là sa patiente en butte aux railleriesdes curieux qu’avait rassemblés cette scène bouf-fonne. Un modeleur en terre cuite en a fait un joligroupe que j’ai vu ici.
A Bâle , la vie sociale a peu d’intérêt et de mou-vement. Les hommes, après avoir employé toutela journée à leurs affaires, se font voiturer à leurmaison de campagne où ils passent leur soirée enfamille. Dans l’hiver , ils se réunissent pour boire,fumer, deviser sur le prix des soies et le tauxdes effets publics et parler politique. Les femmes,absorbées par le soin de leurs enfans , la tenue duménage, les devoirs de famille, vivent fort reti-rées. Les petits partages de coterie (Small-Talk),le tricot, les miroirs explorateurs placés aux deuxcôtés de 1a fenêtre, emploient le peu de momensqui leur restent, et le passage du salon d’étéau salon d’hiver, du salon de gala au salon defamille, forment, avec les mariages et les nais-sances , les événemens de leur vie monotone. Ellesn'ont ni le temps ni la facilité d’acquérir des ta-lens et de cultiver leur intelligence; les jeunes
i