sistance par leur médiocrité polyglotte. Plus loinun conteur élève la voix, et, faisant subir à sesvoisins son itinéraire passé et futur, les entraîne im-pitoyablement sur les routes qu’il a parcourues,exagère les dangers auxquels il a échappé, épuiseles hyperbolesde l’admiration, jusqu’à ce qu’enfin,après avoir lassé la patience de ses auditeurs, il sevoit interrompu et contraint d’écouter , à sontour, ce qu’il a forcé les autres à entendre. C’estun peu là notre histoire à nous autres faiseurs devoyages.
Le haut bout de la table était occupé par lesdéputés de la diète helvétique ; parmi ces visages ,remarquables par leur caractère grave et réfléchi,s’en détachait un d’une expression qui contrastaitsingulièrement avec celles qui l’entouraient. Lestraits prononcés de ce personnage, ses yeux noirset perçans, son front élevé, son nez aquilin , saphysionomie mobile, son teint qui signalait l’in-fluence d’un climat plus chaud, tout, en lui, an-nonçait un enfant de l’Italie . C’était pourtant unSuisse, mais un Suisse de nouvelle fabrique, dé-puté du canton de Tessin .
Parmi les manuscrits de la bibliothèque, onconserve les lettres originales de l’infortunée JeanneGray, adressées au savant Bullinger, l’un des pères