12Ü —
leurs devanciers; ils ne donnaient pas la plus lé-gère prise au ridicule, et leur aspect était vérita-blement édifiant.... Mais il me semble déjà voirle ricanement philosophique contracter les lèvresde quelques-uns de mes lecteurs. Ah ! laissez degrâce, à ces pauvres montagnards, leurs antiqueset consolantes superstitions ! Le pèlerinage d’Ein-siedlen ne vaut-il pas bien les orgies de vos espritsforts de cabaret, et les excès de tous genres quien sont trop souvent la suite? Les hommes en se-ront-ils donc meilleurs et plus heureux, lorsque, àl’aide de l’égoïsme, vous serez parvenus à substi-tuer votre doctrine de l’intérêt bien entendu auxvieilles croyances qui ont régénéré le monde ?
L’emplacement de l’abbaye paraîtrait admira-blement choisi, si l’on ne savait pas que ceux quiont élevé ces maisons de Dieu (gotteshaus) n’ontpas eu, pour la plupart, la liberté du choix. Illeur a fallu bâtir leurs premières cellules, rem-placées plus tard par de plus somptueux édifices ,dans des lieux reculés, incultes, que les puissansde la terre leur abandonnaient afin qu’ils rache-tassent , par leurs prières, les égaremens d’une vietrop mondaine. L’architecture simple et grave ducouvent, ses lignes prolongées, ses vastes ailess’harmonisent, on ne peut mieux, avec la nudité et