sur ses neiges éblouissantes, les derniers reflets desrayons du soleil. Quand je rentrai, la chambrequi devait nous servir de salle à manger, était oc-cupée par une douzaine de paysans finissant leurrepas. Avant que de quitter la table, ils firent tous,à haute voix, leur prière du soir en commun. Cetacte de piété fait si simplement par ces hommes,qu’on pourrait appeler primitifs, avait quelquechose de singulièrement solennel et touchant. Nosjeunes étudians allemands qui avaient d’abord ététentés d’en rire, prêtèrent bientôt, à cette scène,nouvelle pour eux, une attention profonde. Cesvoix mâles et graves qui s’élevaient animées d’unmême sentiment, ces figures fortement caractéri-sées apparaissant au travers d’une demi-obscu-rité , le moment de silence recueilli qui suivit laprière nous frappèrent tous également. L’instinctreligieux est au fond du cœur de la plupart deshommes, et la moindre circonstance suffit souventpour l’y réveiller.
Le lendemain j’étais déjà, de bonne heure, aubeau village de Burglen , lieu de naissance deGuillaume Tell . Il s’y noya, dit-on, en voulantretirer des eaux fougueuses du torrent, un en-fant qui y était tombé. De la porte de l’église , si-tuée sur une éminence , on a une admirable vue