DE l’ALBE DU WURTEMBERG. 5
dans la. mer des tourmentes effroyables, ainsi qu’un courant d’une force prodi-gieuse, dirigé du S. O. au N. E., et balayant le pied N. O. du terrain soulevé. Maispar l’effet de la formation de celte faille, le pied actuel de l’Albe se trouvait plusfortement soulevé que la chaîne elle-même, et les dépôts si puissans des marnesliasiques présentaient alors presque toute leur hauteur à l’action érosive des eaux,tandis que dans la région de l’Albe ce dépôt a dû se trouver presque entièrementencore sous le niveau des eaux de ce courant. On conçoit que ce dernier a dûemporter successivement toute la masse de ces marnes du lias, et faire écroulerensuite et morceler les calcaires qu’elles supportaient ; dès-lors il pouvait emporteraussi, du moins en majeure partie, les débris de ces calcaires, et il devait dénuderpresque totalement la contrée sise au N. O. de cette faille; mais arrivé à celle-ci,l’action érosive des eaux de la mer était arrêtée par le mur de roches calcairessolides qu’elle présentait du côté de l’Albe. A la longue, la prodigieuse violencede ces eaux aurait bien attaqué ce mur aussi; mais en tout cas l’action était considé-rablement affaiblie, et comme le courant n’était que temporaire, il a dû se bornerà produire les formes déchirées que présente souvent le profil de ce versant duJura wurtembergeois.
On pourrait s’étonner, d’après cette explication, de trouver si peu de traces deces calcaires, qui recouvraient le lias du pied de l’Albe; mais il existe cependantun grand nombre de points où l’on trouve encore de grands dépôts de fragmensde ces calcaires. On voit des dépôts semblables à Metzingen , à Kirchheim, etc., quiont jusqu’à 20 pieds de puissance, et ils reposent, soit sur les schistes liasiques 5soit sur les grès du lias.
Ces vues sur la formation de cette chaîne si remarquable ne sont données iciqu’avec hésitation; elles n’expliqueront pas tous les faits extraordinaires qu’elleprésente, mais plusieurs de ces faits exceptionnels sont peut-être indépendansdes causes qui viennent d’être examinées, et d’autres proviennent sans doute decauses plus complexes encore.
Le soulèvement du système de l’Albe n’a pas été un redressement de strates; caril a presque toujours soulevé horizontalement de grandes étendues de terrains,ainsi qu’on l’observe également sur le flanc oriental de la Forêt-Noire, et sur leflanc occidental des Vosges . C’est un mode de soulèvement tout-à-fait différent decelui qui a formé les chaînes de terrains anciens de la Forêt-Noire et des Vosges ,et de celui qui a formé la chaîne du Jura français et suisse ; mode que M. Thur-mann a si bien décrit dans le premier volume des Mémoires de la Société d’his-toire naturelle de Strasbourg . Il diffère encore des modes de soulèvement que l’onobserve dans les Alpes .
Je passe maintenant à la description spéciale des différentes subdivisions de for-mations que l’on rencontre dans l’Albe ou le long de sa base, en tant qu’ellesse trouvent indiquées dans les coupes jointes à ce mémoire.