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Tome vingt-deuxième.
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sur le sort des empires ; en un mot la constitution physique, morale & politique desdivers peuples de la terre , & tout ce quidans l’homme est naturel óu factice , denaissance ou destitution, doit entrer es-sentiellement dans le plan des études dupoète : travail immense , mais d’où résultecette idée universelle , qui, selon Gravina,est la mere de la fiction , comme la natureest la mere de la vérité.

Encore cette théorie seroit-elle insuffisan-te sans Fétude pratique des mœurs. Le pein-tre le plus versé dans le dessein & dans I’étu-de de s an tique, ne rendra jamais la natureavec cette vérité qui fait illusion , s’il n’afous les yeux ses modelés. Il en est de mêmedu poète ; la lecture & la méditation nelui tiennent jamais lieu du commerce fré-quent des hommes : pour les bien peindreil faut les voir de près , les écouter , lesobserver sans cesse: un mot, un coup-d’œil, un silence , une attitude , un gesteest quelquefois ce qui donne la vie , l’ex-pression, le pathétique à un tableau quifans cela manqueroit d’ame & de vérité.Mais ce n’est pas d’après tel ou tel mo-delé que l’on peint la nature dans le mo-ral , c’est d’aprés mille observations faitesçà & là , & qui semblables à ces moléculesorganiques , imaginées par un philosophepoète , attendent au fond de la pensée lemoment d’éclore & de se placer :

Rsjpicere cxemplar vitœ mortimqucjiibebo

Doclum imitatorem , ù vtras hinc ducere voces .

C’est dans un monde poli, cultivé, qu’ilprendra des idées de noblesse & de décen-ce ; mais pour les mouvements du cœurhumain , le dirai-je ? c’est avec des hom-mes incultes qu’il doit vivre, s’il veut les- voir au naturel. L’éloquence est plus vraie,le sentiment plus naïf, la passion plus éner-gique , l’ame enfin plus libre & plus fran-che parmi le peuple qu’à la cour ; ce n’estpas que les hommes ne soient hommes partout ; mais la politesse est un fard qui effaceles couleurs naturelles. Le grand mondeest un bal masqué.

Je fais combien il est essentiel au poètede plaire à ce monde qu’il a pour juge , &dont lç goût éclairé décidçra de ces íuc-Toitk XXII,

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cès ; mais quand le naturel est une foissaisi avec force , il est facile d’y jetter lesdraperies des bienséances.

.La différence la plus marquée dans lesmœurs sociales , est celle qui distingue lescaractères des deux sexes. Elle tient d’uacôté à la nature , & de l’autre à l’insti-tution.

Ce qui dérive de la faiblesse & de Firrí-tabilité des organes , la finesse de percep-tion , la délicatesse de sentiment, la mo-bilité des idées, la docilité de Fimagina-tion , les Caprices de la volonté , la cré-dulité superstitieuse , les craintes vaines ,les fantaisies & tous les vices des enfants ;ce qui dérive du besoin naturel d’apprivoi-ser & d’attendrir un être sauvage , fier &fort, par lequel on est dominé , la mo-destie , la candeur , la simple & timideinnocence ; ou , à leur place , la dissimu-lation , l’adresse , l’artifice , la souplesse ,la complaisance , tous les raffinements daFart de séduire & d’intéresser ; enfin cequi dérive d’un état de dépendance & decontrainte , qnand la passion se révolte &rompt les liens qui l’enchaìnent , la vio-lence , l’emportement & F audace du dé-sespoir ; voilà le fond des mœurs du côtédu sexe le plus foible , & par-là le plussusceptible des mouvements passionnés.

Du côté de l’homme , un fond de ru-desse , d’âpreté , de férocité même , vi-ces naturels de la force ; plus de couragahabituel , plus d’égalité , de constance ;les premiers mouvements de la franchise& de la droiture, parce que se sentantplus libre, il en est moins craintif & moinsdissimulé ; un orgueil plus altier , plus im-périeux , plus ouvertement despotique,mais un amour - propre moins attentif &moins adroit à ménager ses avantages ;un plus grand nombre de passions, & cha-cune moins violente , parce que , moinscaptive & moins contrariée, elle n’a point,comme dans les femmes , le ressort quedonne la contrainte aux passions qu’elleretient ; voilà le fond des mœurs du sexele plus fort.

Viennent ensuite les différences des étatsde la vie. Les mœurs d’un peuple chasseurferont sauvages & cruelles : accoutumé âvoir couler le sang ; l’habitude le rend pro-

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