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Tome vingt-deuxième.
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6.iS MUS

harmonieuse fût en même-temps !a plus tou-chants. .Mais le public a aííèz appris lecontraire. Considérons les Italiens, noscontemporains , dont la musique eíl lameilleure, ou plutôt la feule bonne del’univers, au jugement unanime de tousles peuples, excepté des François qui luipréfèrent la leur. Voyez quelle sobriétédans les accords, quel choix dans l’harmo-nie ! Ces gens-là ne s’avifent point de me-surer au nombre des parties l’estime qu’ilsfontd’une ; proprement leurs opéra

ne font que des duos, & toute PEuropeles admire & les imite. Ce n’est certaine-ment pas à force démultiplier les partiesde leur musique que les François parvien-dront à la faire goûter aux étrangers.L’harmonie est admirable dispensée à pro-pos ; elle a des charmes aux quels tous leshommes font sensibles j mais elle ne doitpoint absorber la mélodie, ni le beau chant.Jamais les plus beaux accords du monden’intéresleront comme les inflexions tou-chantes & bien ménagées d’une belle voix;& quiconque réfléchira fans partialité furce qui le touche le plus dans une bellemusique bien exécutée , sentira , quoi qu’onen puisse dire, que le véritable empiredu cœur appartient á la mélodie.

Enfin, nous l’emportons par l’étenduegénérale de notre fysteme, qui, n’étantplus renfermé seulement dans quatre oucinq octaves, n’a déformais d’autresbornesque le caprice des musiciens. Je ne saitoutefois si nous avons tant à nous en fé-liciter. Etoit-ce donc un fl grand malheurdans la musique ancienne de n’avoir à four-nir que des sons pleins & harmonieux, prisdans un beau médium ? Les voix chantoientfans fe forcer, les instrumens ne miau-loient point fans cesse aux environs duchevalet ; les sons faux & sourds qu’on tiredu démanché, les glapissemens d’une voixqui s’excede , font-ils faits pour émouvoirle cœur ? L’ancienne musique savoir Pat-tendrir en flattant les oreilles; la nouvelle,en les écorchant, ne fera jamais qu’éton-ner l’efprit.

Nous avons, commeles anciens, le genrediatonique & le chromatique ; nous avonsmême étendu celui-ci : mais comme nosmusiciens le mêlentle confondent avec

MUS

le premier , presque fans choix & fansdiscernement, il a perdu une grande partiede son énergie , & ne fait plus que très-peu d’effet. Ce fera bientôt un thème d’é-colier que les grands maîtres dédaigneront.Pour l’enharmonique , le tempéramentl’a fait évanouir ; & que nous serviroit desavoir, si nos oreilles n’y font pas sensi-bles , & que nos organes ne puilíent plusl’exécuter.

Remarquez d’ailleurs que la diversitédes genres n’est point pour notre musiqueune richesse réelle; car c’est toi,jours lemême clavier accordé de la même ma-niéré; ce font dans tous les genres lesmêmes sons & les mêmes intervalles. Nousn’avons proprement que douze sons, tousles autres n’en font que des octaves ; & jene sai même si nous regagnons pír l’éten-due du grave à l’aigu , ce que les Grecsgagnoient par la diversité de l’accord.

Nous avons douze tons ; que dis-je ?nous avons vingt-quatre modes. Que derìcheííès par destús les Grecs, qui n’en1 eurent jamais que quinze, lesquels encorefurent réduits à sept par Pcolomée! Maisces modes avoient chacun un caractèreparticulier ; le degré du grave à l’aigu fai-soit la moindre de leurs différences : lecaractère du cl :.nt, la modification destétracordes, la situation des semi-tons,tout cela les distinguoit bien mieux que laposition de leur tonique. En ee sens nousn’avons que deux modes , & les Grecsétoient plus riches que nous.

Quant au rhythme, si nous voulons luicomparer la mesure de notre musique , toutl’avantage paroîtra encore de notre côté:car sur quatre différens rhythmes qu’ils pra-tiquoient , nous avons au moins douzefortes de mesures ; mais si leurs quatrerhythmes faií’oient réellement amant degenres différens , nous n’en saurions direautant de nos douze mesures , qui nefont réellement que des modifications dedurée de deux seuls genres de mouvement,savoir à deux & à trois temps. Ce n’est pasque notre musique n’cn pût admettre autantque celle des Grecs ; mais si l’on fait atten-tion au génie des profeíîeurs de cet art, onconnoîtra aisément que tout moyen de per-fectionner la musique, qui en a plus besoin

qu’on