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véritables maîtres qui dessinent tout d’aprèsnature , font seuls capables de donner. IIest tout naturel * gu’un objet considérécomme existant, aftecte d’une maniéré plusvive que son image , ou la descriptionqu’on en fait ; & si l’artisle est plus faible-ment touché , son travail aura certainementd’autant moins de force & de vie. Quandon sauroit par cœur tous les auteurs où l’ontrouve des récits de batailles , de séditions,de tumultes, on n’en se roi t guere plusavancé pour dépeindre avec toute la viva-cité requise quelqu’un de ces formidablesobjets ; il faut nécessairement pour cela uneexpérience propre. II en est ainsi de toutereprésentation & de tout sentiment. D’oùnous concluons que l’étude de la nature doitêtre l’occupation capitale de l’artiste.
II arrive bien souvent que l’artiste ne sau-roit trouver tout de suite dans la nature l’objetdont il a besoin , & tel qu’il le lui faudroit.Cela vient de ce que son but est diffèrentde celui que la nature s’est proposé dans laproduction de l’objet. Alors deux routesse présentent à lui ; ou bien , il peut imagi-ner lui-même l’objet qui s’accorde le mieuxavec ses vues, ce qu’on appelle idéal, &c’est ainsi que s’y prenoient les sculpteursgrecs , lorsqu’iis avoient des dieux oudes héros à représenter : ou bien il con-sulte son imagination suffisamment enrichiepar de longues observations, & la solliciteà lui fournir l’objet dont il a besoin. Maisalors il ne doit pas s’écarter le moins dumonde du précepte d’Horace ; fi3a fiatproxima veris : autrement il enfanteraquelque chimere fans force & fans vie.On ne sauroit être heureux dans de sem-blables inventions qu’autant qu’on a acquis,par une longue & pénétrante observationde la nature , un sentiment sùr de l’em-preinte qui caractérise chaque objet de lanature.
Quelques critiques conseillent à l’artisted’embellir les objets que la amure lui fournit.Mais où est l’homme qui seroit en état dele faire , puisque le plus habile artiste neparviendra jamais à rendre exactement lesbeautés de la nature? Que si ces critiquesprétendent par là qu’on est souvent obligéde changer quelque chose aux objets dela nature , soit en omettant ee qui s’y
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trouve J ou en ajoutant ce qui y manque Jils ne s’expriment pas exactement. Quel-qu’un prétendroit-i! avoir embelli Cicéron,si , ayant emprunté ds cet orateur unepensée , une image , il en avoit écartéquelque chose qui se rapportoit aux usagesde l’ancienne Rome , & ne convenoit pasà ses vues , pour lui donner un autretour , une autre application ? Où l’artistepuiseroit-il des beautés que dans la sourceunique du beau ?
Mais que l’on tire son objet de la nature ,qu’on s’en fasse un idéal , ou que l’ima-gination nous en fournisse un , il fauttoujours, si cet objet doit produire toutson effet , que l’habileté de l’artiste lereprésente comme un objet vraiment na-turel. Tout doit y être , comme dans lanature , ajusté & lié de la maniéré la plusréelle , & en même temps la moins gê-née. Nous mettrons cette doctrine dansun plus grand jour, en traitant Y articleNATUREL qui fuit. ( Cet article ejì tiréde la théorie générale des leaux - arts , parM. DE SULZER.
NATUREL , ( Beaux-Arts. ) adjectifpar lequel on désigne les objets artificielsqui se présentent à nous , comme si l’artne s’en étoit point mêlé , & qu’ils fussentdes productions de la nature. Un tableauqui frappe les yeux , comme li l’on voyoitl’objet même qu’il représente ; une actiondramatique qui fait oublier que ce n'estqu’un spectacle ; une description , la repré-sentation d’un caractère , qui nous donnentles mêmes idées des choses que si nous lesavions vues ; un chant qui nous affectecomme si nous entendions des plaintes ,des cris de joie ,desaccens de tendresse,des éclats de coiere , ou d’autres sonsproduits immédiatement par de fortes pas-sions ; tout cela s’appelle naturel. Quel-quefois aussi on emploie ce mot pour indi-quer d’une façon particulière ce qui n’estpas gêné , ce qu’on appelle coulant dansla maniéré de représenter une chose , parcequ’en effet tout ce qui est la productionimmédiate de la nature, porte ce caractère.C’est ce qui met en droit d’appeler naturelun objet cjue l’artiste n’a pourtant paspuisé dans la nature , mais qu’il a inventépar la force de son imagination , pourvu