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veur fexpérience commune : chaque an-née , disent-ils, ne produit-elle pas de nou-velles efpeces de fleurs ou de fruits, &par conséquent de nouvelles efpeces deplantes ; nos jardins, ne sont-ils pas en-richis tous les ans de nouvelles efpecesde tulipes, par exemple , & d’anémones,& nos vergers de nouvelles efpeces depommes & de poires ? Nos jardiniers neles vendent-ils pas fur le pie de nouvellesefpeces , & les herboristes ne les mettent-ils pas dans le même rang ? Les livres debotanique ne font-ils pas les œillets, parexemple, & les violettes à fleur double,des efpeces différentes de celles qui n’ontqu’une fleur Ample.
L’auteur répond que cela est vrai j maisfi l’on examine en quoi consistent ces dif-férences , on aura lieu de douter que cesplantes soient des efpeces distinctes ; &l'on en conclura plutôt q réelles ne 'le fontpas. La principale, pour ne pas dire la feuledifférence qui fe trouve entre ces préten-dues nouvelles efpeces, & les anciennes ,consiste dans la couleur de la fleur > oudans la multiplicité de fes feuilles ; or, ilest évident que ni Tune ni l’autre de cesdeux choies ne suffit pour érablir une dif-férence spécifique à moins que l’on réad-mette qu’un européen & un éthiopien fontdeux efpeces d’hommes, parce que l'unest blanc & l’autre noir, ou qu’un européen& un indien font anffi deux différentes ef-peces, parce que l’un a la barbe épaisse& l’autre n’en a point du tout, ou qu’iln’a que quelques poils au lieu de barbe.La diversité dont nous parlons, vientuniquement du climat, du terroir, ou desalimens, comme l’on voie dans les autresanimaux.
II y a deux maniérés de produire cesdifférences dans les plantes. La premiereen mettant la semence d’nne plante dont©n souhaite avoir une nouvelle efpece dansun terroir fertile , ou différent de celuidans lequel cette plante croît. Si l’on metdans un bon terroir la semence de cer-taines fleurs simples, elle produira, ou-tre plusieurs racines qui ne porterontqu’une fleur simple, quelques autres ra-cines qui porteront des fleurs doubles, & Id’une couleur différente de leurs nacres I
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plantes. Les plantes qui fe diversifient ai-sément de cette façon, font les ané-mones, les primevères, les marguerites,les violettes, &c. c’est la maniéré ordi-naire d’avoir des fleurs doubles de toutesles fortes. La plupart des fleurs rouge*& pourprées, & quelques fleurs jaunes,en répandant leur graine dans un jardin ,produisent quelques fleurs blanches & dedifférentes^ couleurs : & méme dans leschamps, à peine trouve- t-on une planteà fleur rouge , pourprée , ou bleue , quine varie en quelque lieu , & qui ne pro-duise une fleur blanche ou de différentescouleurs. Les plantes à fleurs jaunes nevarient presque jamais dans les champs.
La seconde maniéré de diversifier lesplantes , est de les transporter souventd’un lieu dans un autre. C’est ainsi queíe chevalier Plot faifoit porter des fleursdoubles à des plantes qui n’ont que desfleurs simples : ce moyen paroît naturel ,çarce que les plantes qui sont long-tempsdans un même lieu dégénèrent insensible-ment , ne portent qu’une fleur simpleaprès avoir porté des fleurs doubles , &perdent leurs couleurs rares, qui fontsuivies de couleur commune.
Qnoi qiéil en soit, toutes les variétésdes plantes ne prouvent point que cesplantes soient des efpeces distinctes ; &c’est ce cju’on peut confirmer par deuxraisons. La premiere est que si ces plan-tes font long-temps dans un même lieufans être cultivées, elles dégénèrent commenous venons de le dire, elles perdent labeauté de leurs couleurs, & ne portentqu’une fleur simple au lieu d’un s fleurdouble. La seconde raison est que la grainsde ces plantes ne donne que des plantesqui n’ont qu’une fleur simple & d’une cou-leur commune , si elle est semée dans lslieu & dans le terroir qui leur est naturel»
Pour cc qui est des arbres fruitiers , M»Ray observe que la principale différencequi fe trouve entre îes prétendues efpecesde ces arbres, consiste dans la figure & segoût du fruit, ce que l’on doit austì attri-buer à la différence du terroir , & aux diffé-rentes manières d’enter. Le seul moyen»selon l’auteur, d’avoir de nouveaux fruits »est de semer dans un terroir des pepinS