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Le sens est trompeur. La raison ne mérité 1pas qu’on la croie.
Le doute est trés-raifonnable quant auxquestions de la Philosophie ; mais il ne sautpas Fétendre aux choses de la vie.
D’où l'on voit qu’un académicien de Fa-cadémie moyenne , ou un sceptique, diffè-rent . très-peu ; qu’il n’y a pas un cheveude différence entre le système de Pirrhon& celui d’Arcéfìlas ; qu’Arcésilas ne per-mettoit pas qu’on appliquât ses principes àla justice , au bien , au mal, aux mœurs,& à la société ; mais qu’il les regardoit seu-lement comme des instrumens très-incom-modes pour l'orgueil dogmatique des so-phistes de son temps.
Lacyde de Cyrene embrassa la doctrined'Arcéfiîas. II éroit établi dans les jardins dei’académie la quatrième année de la centtrente-quatrieme olympiade. II y professapendant vingt-cinq ans. II eut peu de dis-ciples. On î’abandonna pour suivre Epicure.On préféra le philosophe qui prêchoit la vo-lupté de l’ame & des sens à celui qui dé-crioic la lumière de l’une & le témoignagedes autres ; & puis il n’avoít ni cette élo-quence, ni cette subtilité , ni cette vigueuravec laquelle Arcésìlas avoir porté le trou-ble parmi les dialectiques, les stoïciens &les dogmatiques. Lacyde céda fa place à sesdeux disciples , Télecle & Evandre. Evan-dre eut pour successeur Egefine de Per-game , & celui-ci Carnéade, qui fut le chefde l’académie nouvelle.
De l’académie nouvelle. , ou troisième , qua-trième S’cinquième. Les Athéniens furent unpeuple folâtre » où les poètes ne perdoiencaucune cccaston de jeter du ridicule furles philosophes, où les philosophes s occu-poient à faire sertir l’ignorance des poètes ,6: ?. les rendre méprisables, & où le restede la nation les prenoit les uns & les autresau mot, & s’en amusoit ; de-îà cette mul-titude de mauvais contes qu’Athénée &Diogene de Laerce , & ceux qui ont écritdevant & après eux de í’histoire littérairede la Grece, nous ont transmis. II faut con-venir qu’une philosophie qui ravaîoit l’hom-me au-dessous de la béte, en le dépouillantde tous les moyens de connoître la vérité ,êto.t un sujet excellent de plaisanterie pourdes gens oiíïfs & médians.
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Carnéade naquit la troisième Année de lacent quarante & unieme olympiade. II étu-dia la dialectique fous le stoïcien Diogene ;aussi disoit-il quelquefois dans la dispute :ou je vous tiens, ou Diogene me rendramon argent. I! fut un de ceux que les Athé-niens enyoyerent à Rome à j’occasion dusac d’Orope. Son éloquence étoit rapide &violente ; celle de Critolaùs solide & forte ;celle de Diogene sobre & modeste. Cestrois hommes parièrent devant les Romains& ies étonnèrent. Carnéade disputa de lajustice pour & contre en présence de Galba& de Caton le censeur ; & Cicéron dit desraisons que Carnéade opposa à la notion dujuste & de l’ínjuste, qu’il n’ose se promettrede les détruire , trop heureux s’il parvientà les émousser & à rassurer les lois & l’ad-miniíìradon publique dont le philosophegrec a ébranlé les fondeœens. Quoi qu’il ensoit, Carnéade fut un imprudent. Son sujetétoit mal choisi j & il n’étoit pas à présumerque les graves magistrats romains suppor-tassent un art qui rendroit problématiquesles vérités les plus importantes. CommentCaton le censeur eût-il la patience d’écou-ter celui qui accufoit de fausseté la mesureintérieure des actions ? Ce Carnéade fut unhomme terrible.
II réunit en même temps la subtilité , laforce , la rapidité, l’abondance, la science,la profondeur ; en un mot toutes les quali-tés avec lesquelles on dispose d'un auditeur.Ses principes différèrent peu de ceux d’Ar-céfilas. Selon lui :
Nous n’avons aucun moyen incontes-table de reconnoître la vérité , ni la rai-son , ni les sens, ni Fimagination ; il n’ya rien ni en nous ni hors de nous qui nenous trompe.
Il n’y a aucun objet qui affecte deuxhommes de la même maniéré, ou le mêmehomme en deux momens distérens.
Aucun caractère absolu de vérité, ni re-latif à l’objet, ni relatif à l’affection.
Comment s’en rapporter à une qualitéatìffi inconstante que Fimagination ?
Point d’imagination fans la sensation ,point de raison sans Fimagination. Mais íî lesens trompe, st Fimagination est infidelle,ou s’ils disent vrai , & qu’il n’y ait aucunmoyen certain de s’asturer des cas où ils ne