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Tome vingt-sixième.
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Zz? POE ;

du poëme, c’est que la verve poétique estla source naturelle & unique de la poésie.Mais, pour que le poëme ait quelque prix ,íl í’aut que cette verve soit excitée par unobjet considérable : car , il y a des espritsfoibles , qui ayant d’ailleurs Pimaginationvive , entrent en verve pour des íujerspuériles ; & alors personne ne daigne leuraccorder son attention. Ajoutons que cetteverve doit être soutenue par Péloquence :car, quiconque n’est pas en état d’énonceravec aisance ce qu’il pense & ce qu’il sent,peut bien s’attirer nos regards , mais nesauroit captiver notre attention : ainsi lepoete doit être un homme éloquent, quiair en partage la facilité & la noblesse del’expression. Enfin , la verve & l’éioquencedoivent être accompagnées de la beauté,du génie & de la solidité du jugement.Ces discours coulans qui sortent de la vervecomme un terrent, doivent exciter desidées & des sencimens qui aient quelquechose de neuf, d’important & de grand ;asin d’éviter le reproche qu'Horace fait àceux qui ouvrent trop la bouche pour nerien dire, & ne font point entendre dignaîanto hiatu. Sans cela le poète devient ri-dicule , peur s’être annoncé par son ton &par son expression , comme s’il avoir degrandes choses à dire. Car tout poete veutêtre regardé comme un homme qui a droitd’exiger Pattention , & qui ne manquerapas de la satisfaire. C’est ce qui a fait direà Horace , que ni les dieux ni les hommesne peuvent élever au rang de poete , celuiqui n’a que la médiocrité en partage ; parcequ’un ton aussi élevé que celui de la poésie,est incompatible avec des choses médio-cres. Quand un acteur se produit fur lascene avec un air & un ton important,quoiqu’il n’ait tien à dire qui vaide la peined’être écouté , il mérite d’étre chaste.

Je crois en avoir aisoz dit pour le deve-loppement exact du vrai caractère de lapoésie ; <§£ tout homme capable de réfle-xion peut en déduire les réglés d’après les-quelles on doit juger des ouvrages poéti-ques. On pourra aussi en inférer qu’unpoëme parfait ne sauroit être une chosecommune, puisque dans une nation , iì n’y3 que très-peu de génies dans lesquels soîjroyy.ent rassemblé.tqut ce qui est requis

POE

pour faire un vraVpoete. A l'aide des mê-mes principes, un homme intelligent feraen état d apprécier les poésies qui four-millent chez les peuples où les beaux-artssont en vogue , & de discerner le petitnombre de vrais ouvrages poétiques, quile trouvent dans cette stérile abondance,pour rejetter tous les autres > & les regar-der comme de chétives brossasses qui crois-sent dans les forêts autour des grands ar-bres , & qui ne sont bonnes qu’à être ar-rachées pour en faire des fagots & lesbrûler. , û

_ On a tenté a diverses reprises de biendistinguer toutes les efpeces différentes depoésies pour les ranger dans leurs classes ,,ou divisions naturelles : mais „ on n’a pasencore bien pu s’accorder fur le principequi scrviroità déterminer les caractères dechaque eípece. Au fond, cela n’eíï pas.d’une grande importance , quoiqu'à touterigueur il pût en résulter quelque utilité.

Un critique moderne , M. l'abbé Bat-teux , à qui la maniéré agréable dont iîtraite les sujets , a peut-être donné tropde vogue & de crédit, parle de cette di-vision & réduction des poésies dans leurs,efpeces ou classes naturelles, comme.si c’é—toit la chose la plus aisée du monde.

Les anciens n’ont pas pris beaucoup depeine à cct égard. A mesure que le génie,de leurs poètes produisoit quelque nou-veauté , ils lui donnoient le nom qu’ils ju-geoient à propos , fans s’inquiéter si les,caractères intrinsèques de cette eípece depoésie s’y trouvoient. Plusieurs de ces mor-ceaux reçurent des noms qui avoient plus,de rapport à leur forme extérieure qu’àleur contenu. Cependant , Aristote s’eíì.montré ici > comme par - tout ailleurssubtil & méthodique , quoiqu’au fond sadivision ne puisse pas servir à grand chose.Comme il place l’essence de la poésie danslimitation f il en détermine auffi les espè-ces d après les propriétés de limitation ;& cela lui en fournit trois. La premiere serapporte aux instrumens de limitation ; te.seconde à ses objets , & la troisième à te-,sorte d’imitation.

Les instrumens de 1 imitation sont le lan-gage , l’harmonie & le rhytme , d’aprèsiesquçls le philosophe détermine les divsr-