Band 
Tome vingt-sixième.
Seite
342
JPEG-Download
 

£4 2 POE

Je ne discuterai point ici ce qui con-cerne le plan de l’épopée, son choix , sonaction , son nœud , son dénouement, ses

POE

épisodes , ses personnages & son style itoutes ces choses ont été traitées profondé-ment au mot ÉPOPÉE. J’y renvoie le lec-

épique , il faut que faction soit importante & héroïque. Ainsi dans i’Enéide , un héros échappédes ruines de fa patrie erre long-temps avec les relies de ses concitoyens qui l’ont choisi pourroi ; & malgré la colere de Junon qui le poursuit sans relâche , il arrive dans un pays que luipromettoient les destins , y fait des ennemis redoutables ; & après mille traverses surmontéesavec autant de sagesse que de valeur , il y jette les sondemens d’un puissant empire. Ainsi la con-quête de Jérusalem par les Croisés ; celle des Indes par les Portugais ; la réduction de Paris parHenri le Grand , malgré les efforts de la ligue, font le sujet des poèmes du Taise , du Camoens ,& de Voltaire ; d’où il est ailé de conclure qu’une historietre , une intrigue amoureuse, ou tellesutre aventure qui fait le fonds de nos romans , ne peut jamais devenir la matière d’un poèmeépique, qui veut dans le sujet de la noblesse & de la majesté.

II y a deux maniérés de rendre 1 ’aclion épique intéressante : la premiers par la dignité & l’im-portance des personnages. C’est la feule dont Homere fasse usage , n’y ayant rien d’ailleurs d’im-portant dans ses modelés , & qui ne puisse arriver à des personnages ordinaires. La secondeest l’importance de Y aBìon en elle-meme, comme rétablissement ou l’abolition d’une religion oud’un état, tel qu’est le sujet choisi par Virgile , qui en ce point l’emporte sur Homere. L’âBionde la Henriade réunit dans un haut degré ce double intérêt.

Le P. le Bossu ajoute une troisième maniéré de jeter de l’intérêt dans YaBíon ; savoir , de don-ner aux lecteurs une plus haute idée des personnages du poème , que celle qu’on íê fait ordi-nairement des hommes , & cela , en comparant les héros du poème avec les hommes du siecleprésent. Voye\ HÉROS & CARACTERE.

2°. L ’adi'on doit être une , c’est-à-dire , que le poète doit se borner à une seule & uniqueentreprise illustre , exécutée par son héros , & ne peut embrasser l’histoire de fa vie toute en-tiere. L’íliade n’est que l’h’.stoirè de la colere d’Achille ; Sc l’Odyssée que celle du retour d’Ulyíseà Ithaque. Homere n’a voulu décrire ni toute la vie de ce dernier , ni toute la guerre deTroye. Stace, au contraire, dans son Achilléide , & Lucain dans fa Pkarfale , ont entassé tropd’evenemens décousus, pour que leurs ouvrages méritent le nom de poèmes épiques. On leurdonne celui d 'héroïques , parce qu'il s’y agit de héros. Mais il faut prendre garde que l’unitéde héros ne fait pas l’unité de Yaâion. La vie de l’homme est pleine d’inégalités ; il change fanscesse de dessein , ou par Pinconstance de ses passions , ou par les accidens imprévus de là vie.Qui voudroit décrire tout l’homme, ne formeroit qu’un tableau bisarre , un contraste de pas-sions opposées fans liaison & sans ordre. C’est pourquoi l’épopée n’est pas la louange d’un hérosqu’on íe propose pour modelé , mais le récit d’une adion grande ée illustre qu’on donne pourexemple.

II en est de la poésie comme de la peinture : l’unité de YaBíon principale n’empêche pas qu’onn’y mette plusieurs incidens particuliers , & ces incidens se nomment épisodes. Le dessein estforme dès le commencement du poème , le héros en vient à bout en franchissant tous les obsta-cles : c’est le récit de ces oppositions qui fait ses épisodes ; mais tous ces épisodes dépendentde Vaction principale , & font tellement liés avec elle , & si unis entr’eux , qu’on ne perd ja-mais de vue ní le héros , ni Yaciion que le poete s’est proposée de chanter. Au moins doit-onsuivre inviolablement cette réglé, si l’on veut que l’unité d ’aclion soit conservée. Discours fur lepoème épique à la têtedu Té!émaque,p. 12 & 13. Principes pour la lecture des poètes , t. II, p. 109.

3 0 . Pour l’intégrité de Yaciion , il faut, selon Aristote , qu’il y ait un commencement ,un milieu , & une fin : précepte en soi-même assez obscur , mais que le P. le Bossu développede la forte. « Le commencement , dit-il, ce font les causes qui influeront fur une aBìon , &„ la résolution que quelqu’un prend de la faire ; le milieu , ce sont les effets de ces causes , ⣻ les difficultés qui en traversent l’exécution ; & la fin , c’est le dénouement & la cessation de„ ccs difficultés.

-, Le poète , ajoute le même auteur, fiait commencer sen aBìon , de maniéré qu’il mette» le lecteur en état d’entendre tout ce qui suivra , & que de plus le commencement exige né-» cesiàiremcnt une fuite. Ces deux mêmes principes pris d’une maniéré inverse , auront aussi« lieu pour la fin ; c'est-à-dire, qu’il faudra que la fin ne laisse plus rien à attendre , & qu’elle» soit nécessairement la fuite de quelque chose qui aura précédé : enfin il faudra que le commen-■u cernent soit lié à la fin par le milieu , qui estl’estèt de quelque chose qui a précédé la cause» de ce qui va suivre. »

JDans les causes d’une aBìon on remarque deux piaas opposés. Le premier & le principal est