porte, le poème sera toujours un poèmeépique , ati poerne héroïque , à moins qu’onne lui trouve un nouveau titre proportionnéà ton mérite.
Si vous faites scrupule , disoic le célébréM- Adilìoa , de donner le titre áe poëmeépique au paradis perdu de Miîton , appclez-le , si vous voulez , un poème divin ; don-nez-Iui tel nom qu’il vous plaira, pourvuque vous confessiez que c’est un ouvrageaussi admirable en fcn genre que l’Enéide ;ne disputons jamais fur les noms , c’est unepuérilité impardonnable.
Mais le point de la question & de la diffi-culté est de savoir sur quoi les nations po-lies fe réunissent, & fur quoi elles dif-fèrent. Un poème épique doit par-tout êtrefondé fur le jugement, & embelli par l’ima-gination ; ce qui appartient au bon sens ,appartient également à toutes les nationsdut monde. Toutes vous diront qu’ime ac-tion une & simple qui fe développe ai-sément & par degré, & qui ne coûte pointune attention fatiguante , leur plaira da-vantage qu’un amas confus d’aventuresmonstrueuses. On souhaite généralementque cette unité si sage soit ornée d’unevariété d’épisodcs , qui soient comme lesmembres d’un corps robuste & propor-tionné.
Plus faction fera grande, plus elle plairaà tous les hommes dont la foi'dei’e estd’être séduite par tout ce qui est au-delàde la vie commune. II faudra fur-tout quecette action soit intéressante ; car tous lescœurs veulent être remués, & un poèmeparfait Tailleurs, feroit insipide s’il netouchoit point , en tout temps & entout pays. Elle doit être entiere parcequ’il n’y a point d’homme qui puisse êtresatisfait, s’iì ne reçoit qu’une partie dutout qu’il s'est promis d’avoir.
Telles sont à-peu-prês les principales ré-glés que la nature dicte à toutes les nationsqui cultivent les lettres; mais la machinedu merveilleux , l intervention d’un pou-voir céleste , la nature des épisodes , toutce qui dépend de la tyrannie de la cou-tume , & de cet instrument qu’on nommegoût ; voilà fur quoi il y a mille opinions ,& point de réglés générales.
Nous devons admirer ce qui est univer-
P O E
follement beau chez les anciens ; ncus de-vons nous prêter à ce qui étoit beau dansleur langue,& dans leurs mœurs, maisce feroit s’égarer étrangement que de lesvouloir suivre en tout à la piste. Nous neparlons point la mëme langue ; la religionqui est presque toujours la base de la poésieépique, çlc parmi nous Foppofé de leurmythologie. Nos coutumes sont plus dif-férentes de celles des héros du siégé deTroie que de celles des Américains. Noscombats , _ nos sièges , nos flottes n’ontpas la moindre ressemblance; notre phi-losophie est en tout le contraire de la leur.L invention de la poudre , celle de la bous-sole , de Fímprimerie , tant d’autres artsqui ont été apportés récemment dans lemonde, ont, en quelque façon changé laface de l’univers, ensorte qu’un poète épi-que entouré de tant dc nouveautés doitavoir un génie bien stérile, ou bien timide ,s’il n’ose pas être neuf lui-même.
Qu’Homere nous représente ses dieuxs’enivrant de nectar , & riant lans fin de lamauvaise grâce dont Vulcain leur sert àboire , cela étoit bon de son temps, oùles dieux étoient ce que les ft-cs sont dansle nôtre. Mais assurément personne ne s’a-vifera aujourd’hui de représenter dans unpoëme une troupe d’anges & de saints bu-vant (k riant à table. Que diroít-on d’unauteur qui iroit, après Virgile , introduiredes harpies enlevant le dîner de son héros ?
En un met, admirons les anciens ; maisque notre admiration ne soit pas une su-perstition aveugle : ne faisons pas cetteinjustice à la nature humaine & à nous-mêmes, de fermer nos yeux aux beautésqu’elle réoend autour de nous, pour neregarder & n'aimer que ses anciennes pro-ductions dor.t nous ne pouvons pas jugeravec autant de fureté.
II n’y a point de monnmens en Italie quiméritent plus l’attenrion d’un voyageur quela Jérusalem du Tasse; M’iltcn fait presqueautant d’honneur à 1* Angleterre que le grandNewton. Le Camoens est en Portugal ceque Hilton est en Angleterre.
C’est fans doute un grand plaisir pourun homme qui pense, de lire attentivementtous ces poèmes épiques de différente na^ture nés en des siécles & dans des pays
éloignés