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Tome vingt-sixième.
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POE

que tout Is monde_ sait par cœur , d’unemaniéré neuve & digne de son art, on estravi, on s’extasie , on s’abandonne à l’en-thousiasme, mais la scene passée, onn’é-coute plus. Ainsi deux ou trois airs, unbeau duetto, une scene extrêmement belle,suffisent au succès d’un Opéra , & l’on estindifférent fur la totalité du drame, pourvuqu’il ait donné trois ou quatre instans ravis-sans , & qu’il dure d’ailleurs le temps ciu’ons’est destiné à passer à la salle de 1 Opéra.

Chezunenation passionnée pour le chant,qui fait au charme de la voix le plus granddes sacrifices , & où !e chant est devenuun art qui exige , outre !a plus heureusedisposition des organes, l’étude la plus lon-gue & la plus opiniâtre, le chanteur a dûbientôt usurper un empire illégitime sur lecompositeur & sur le poète. Tout a étésacrifié à ses talens & à ses caprices. Ons’est peu choqué des imperfections de fac-tion théâtrale , pourvu que le chant fûtexécuté avec cette supériorité qui séduit& enchante. Le chanteur, sans s’occuperde la ssnation & du caractère de son rôle,a borné tous ses soins à fexpression duchant ; la scene a été récitée & jouée avecune négligence honteuse. Le public > despectateur qu’il doit être, n’est resté qu’au-diteur. II a fermé les yeux, & ouvert lesoreilles ; & laissant à son imagination lefoin de lui montrer la véritable attitude ,le vrai geste , les traits & la figure de laveuve d’Hector , ou de la fondatrice deCarthage , il s’est contenté d’en entendreles véritables a cens.

Cette indulgence du public a laissé d’uncôté faction théâtrale dans un état très-imparfait, & de f autre , elle' a rendu lechanteur , maître de ses maîtres. Pourvuque son rôle lui donnât occasion de déve-lopper les ressources de Ion art, & de fairebriller fa science , peu lui importoit quece rôle fut d’aillcurs ce que îe drame vou-loir qu’il fût. Le poète sot obligé de quit-ter le st) le dramatique , de faire des ta-bleaux , de coudre à son poème quelquesmorceaux postiches de comparaisons & depoésie épique ; & le musicien d’en faire desairs da~> s i e style | e pj us figuré , & parC rï. I ,' enc îê plus opposé à la musiquethéâtrale, & pour déterminer Iç chanteur

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à se charger de quelques airs simples &vraiment sublimes que la situation rendoitindispensables au fond du sujet, il fallutacheter sa complaisance par ces brillansécarts , aux dépens de la vérité & de Pesoset général. L’abus fut porté au point queque lorsque le chanteur ne trou voir pas sesairs à saíanta.sie, il leur en substituoit d’au-tres qui lui avoient déjà valu des applaudií-semens dans d’autres pieces & fur d’autresthéâtres , & dont i! changeoit les parolescomme il pouvoit, pour les approcher defa situation & de son rôle , le moins malqu’il étoit possible.

Enfin fentrepreneur de POpéra devintde tous les tyrans du poëte > le plus injuste& le plus absurde. Ayant étudié le goût dupublic , fa passion pour le chant, son in-différence pour les convenances & l’en-semble du spectacle , voici à-peu-près letraité qu’il proposa au poëte lyrique, enconséquence de ses découvertes.

{ ‘ Vous êtes l’homme du monde dont« j'ai le moins besoin pour Je succès de» mon spectacle: après vous, c’est le com-» positeur. Ce qui rn’est essentiel, c’est» d'avoir un ou deux sujets que le public» idolâtre ; il n’y a point de mauvais Opéra» avec un Caffarelli , avec une GabrielIL» Mon métier est de gagner de f argent." Comme je fuis obligé d’en donner pro-» digieusement à mes chanteurs , vous» sentez qu’il ne m’en reste que très - peu» pour le compositeur , & encore moins» pour vous : songez que votre partage est» la gloire.

" Voici quelques conditions fondamen-» taies sous lesquelles je consens de hasar-" der votre poème , de le faire mettre en" musique, de le faire exécuter par mes» chanteurs.

» ï. Votre poème doit être en trois" actes, & ces trois actes ensemble doiventu durer au-moins cinq heures , y compris" quelques ballets que je ferai exécuterw dans les entr’actes.

» 2 . Au milieu de chaque acte il me faut UN" changement de scene & de lieu , en sorte» qu’il y air deux décorations par acte. Vous» me direz que c’est proprement deman-» der un poème en six actes , puisqu’il faut» laisser la scene vide au moment de cha-