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Tome vingt-sixième.
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POE

qu’eïlcs eussent une mesure commune quiles fit tomber routes trois ensemble, sansque-i Tharmonie eût été déconcertée. Cettemesure était le coloris , ce qui frappe (sa-bord tous les hommes ; au lieu que l’imî-tation qui en étoit le fonds & comme le des-sin , a échappé à la plupart des yeux qui lavoient fans la remarquer.

Cependant cette mesure ne constitua ja-mais ce qu’on appelle un vrai poème ; & fielle suffifoit, la poésie ne seroit qu’un jeud’enfant , qu’un frivole arrangement demots que la moindre transposition seroitdisparaître.

Il n’en est pas ainsi de la vraie poésie ; ona beau renverser Tordre, déranger îesmots,rompre îa mesure ; elle perd Tharmonie , ilest vrai, mais elle ne perd point fa nature ;la poésie des choses reste toujours ; on laretrouve dans ses membres dispersés , celan’empêche point qu’on ne convienne qu’unpoème fans versification ne seroit pas unpoème. Les mesures & Tharmonie font îescouleurs, fans lesquelles la poésie n’eiì qu’uneestampe. Le tableau représentera, si vousle voulez , les contours ou la forme, & toutau plus les jours & les ombres locales ; maison n’y verra point le coloris parfait deFart.

La troisième opinion est celle qui metIsostênce de la poésie dans l’enthouíìasme ;mais cette qualité ne com/sont-elle pas éga-lement à la prose , puisque la paillon avectous ses degrés ne monte pas moins dansles tribunes que fur les théâtres, ; & quand .P,'ridés tonnoit, fomkoycit, & renversaitla Grece , Tenthousiaírae régnoit-il dans sesdiscours avec moins d’emp-re , que dans lesod.es pindaríques ? S’d ía!ío;t que Tenthou-siaí’me se soutint toujours dans la poésie,combien de vrais poèmes cesse roi eut d’êtretels ? La tragédie , Tépopée , Tode même ,ne ieroierit poétiques que clans quelques en-droits frappans ; dans le reste n’ayant qu’unechaleur ordinaire , el’es n’auroient plus lecaractère distinctif de la poésie.

Mais, dira-1-on, T enthousiasme & le ,sentiment sont une même chose , & le butde la poésie est de produire le sentiment,de toucher & de plaire ; d’ailleurs, le poètene dmt-il pas éprouver le sentiment qu’ílveut produire dans les autres ? Quelle con-

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clusion tirer de-là , que les sentimens deTenthoHsiasme font le principe & Ja fin dela poésie ; en fera-ce Testerrce ? Oui, si Tonveut que. la cause & Teste t, la fin & lemoyen soient la même chose ; car il s’agicici de précision.

Tenons-nous-en donc i établir Pesiencede la poésie dans Timitation, puifqu’ellerenferme Penthousiasine, !a fiction, la ver-sification meme , comme des moyens né--ceílaires pour peindre parfaitement desobjets.

De plus, les réglés générales de la poésiedes choses sont renfermées dans Timitation;en ester » si la Nature eût voulu se montréeaux hommes dans toute la gloire, je veuxdire avec toute fa perfection possible danschaque objet ; ces réglés qu’on a découver-tes avec tant de peine , & qu’on fuit avectant de timidité, & souvent même de dan-ger , auraient été inutiles pour !a formation& le progrès des Arts. Les artistes auroientpemt scrupuleusement les faces qufils au-roient eues devant les yeux, fans être obli-gés de choisir. Limitation feule auroit faittout Touvrage , & la comparaison seule enauroit jugé.

Mais comme elle se fait un jeu de mêlerses plus beaux traits avec une infinité d’au-tres, il a fallu faire un choix ; & c’est pourfaire ce choix avec plus de fureté , que lesréglés ont été inventées & proposées par legoût.

La principale de toutes est de joindre l’utiloavec Tagréable. Le but de la poésie est deplaire, & de plaire en remuant les passions;mais pour nous. donner un plaisir parfait &solide , elle n’a jamais dû remuer que cellesqu’il nous est important d’avoir vives, &non celles qui íont ennemies de la sagesse.L’horreur d u crime, à !a suite duquel mar-chent la honte, la crainte , le repentir, f anscompter les autres supplices; la compassionpour les malheureux, qui a presque uneutilité aussi étendue que l’humamté même ;

T admiration des grands exemples, qui lais-sent dans le cœur ì’aiguiilon de la vertu ; unamour héroïque Sc par conséquent légitime :voilà , de Taveu de tout le monde , les pas-sions que doit traiter la poésie, qui n’estpoint faite pour fomenter la corruptiondans les cœurs gâtés, mais pour être les