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Tome vingt-sixième.
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tibles , cjuí assureraient pour toujours ladurée de la société , son bonheur & celuides individus qui la composeroient, leurtranquillité & leur liberté, est encore atrouver : c’est un chef-d’œuvre, auquell’esprit humain n’osera jamais prétendre ,& que fa propre inconstance rend impos-sible. Les loix de la Chine font peut-être les feules où l’on puiste trouver tantde stabilité ; il faut qu’elles soient biensages , puifqu’eiles n’ont point varié ,malgré toutes les fortes de dominationspar lesquelles les Chinois ont passé : ilsles ont données à toutes les nations qu’ilsont vaincues ; celles qui les ont subjuguésles ont reçues & s’y font soumises. Aussiquelque fertile que soit cette vaste con-trée , elle suffit à peine quelquefois pournourrir les deux tiers de ses habitans. Cetexemple est unique ; en général l’abusde toutes choses , le temps qui les use& les détruit, les révolutions trop fré-quentes parmi les hommes, Paugmenta-tion ou la perte de leurs connoissances ,tendent toutes les loix politiques aussivariables qu’eux, & laisseront toujours danscette importante matière de grands pro-blèmes à résoudre. Solon , àquil’ondeman-doit st les loix qu’il avoir données auxAthéniens étoient les meilleures , ré-pondit qu’il leur avoit donné les meil-leures de toutes celles qui pouvoient leurconvenir.

On remarque pourtant dans tous lestemps & dans tous les climats , que 1 especehumaine a fructifie' davantage dans lesgouvernemens populaires & tolérans, qui®n général par leur constitution ne peu-vent être trop étendus, & dans lesquelsles citoyens jouissent d’une plus grandestberte religieuse & civile. La grande popu-lation ne s’est jamais trouvée dans les grandsétats ; & c’est en quoi les gouvernemensmodernes font moins propres à la produireque les anciens.

, Dans les vastes empires d’aujourd’huiP administration publique est obligée dePasser par trop de canaux : c’est un arbredont les branches font trop étendues &trop multipliées, lasevese seche avant deParvenir du corps aux extrémités. II estimpossible de veiller fur toutes les pro*Tome XXVL

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vinces & fur toutes les parties ; il fauts en rapporter à une multitude d’agensintermédiaires, dont Pintérêt personnelest toujours la premiere loi, & qui por-cent tous un esprit différent dans l’exécu-tion d une même chose. On ne peut voirque par leurs yeux, & agir que par leurministère. Le maître ne connoit ses peuples,leur situation , leurs besoins, que commeon veut les lui faire connoître : assez malheu-reux pour ignorer toujours la vérité. Sou-vent les peuples nele connoissent à leur tourque par les vexations que l’on exerce fousson nom.

L’esprit de conquête , qui est ordinaire-ment celui des grandes monarchies , lestroupes nombreuses qu’il faut entretenirpour la défense & pour Pattaque ; la dis-proportion des rangs & plus encore cellesdes fortunes ; le faste du maître & descourtisans ; un commerce porté dans descontrées trop éloignées , & qui ne feraquartistctel ; un luxe désordonné , & lacorruption des mœurs qui en est la fuite :voilà autan t d’obstacles à la population ,auxquels il faut ajouter la consommationdes grandes villes & sur-tout des capita-les , qui absorbent chaque année une par-tie des hommes qui naissent dans les pro-vinces.

La Grece, que tout le monde convientavoir été de tous les pays de Pantiquité leplus peuplé, étoit divisée en plusieurs petitesrépubliques dont tous les citoyens étoientégaux & libres ; l’administration pouvoitveiller fur toutes les parties de l’état & ymaintenir les loix dans leur intégrité, parcequ’aucune de ces parties n’étoic trop éloi-gnée du centre. Tous concouraient à laprospérité publique , parce qu’elle étoitcelle de tous, parce qu’il n’y en avoit pointd’individuelle que Pon y préférât, & quechacun y avoit un même intérêt ; _ lesactions utiles & les services rendus à lapatrie y constituoient la vertu , le mérite& le savoir y distinguoient les hommes, &P estime publique en étoit la récompense ,sans qu’il fût besoin d’épuiser les trésors dela nation.

Les Romains ne font si admirables enaucuns temps, ni si nombreux , que dansles. beaux jours de la république, où ils

lili»