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se gouvernoient par les mêmes principes.Rome étoit alors une fourmilliere de héros& de grands hommes ; dès qu’elle vouluts’étendre , il fallut admettre des étrangers& des esclaves au droit des citoyens, pourréparer les pertes que faifoit journellementla race des premiers Romains. Rome pardes conquêtes qui étonnent encore aujour-d’hui l’univers , préparoit fa chute; fapuissance s’affoibliíí'oit à mesure qu’elles’étendoit ; l’austérité des mœurs fe perdoitpar l’association des mœurs étrangères ;les conquêtes produisirent les richesses ; lesrichesses devenues l’équivalent & la mesurede tout , remplaceront toute distinctionhonorable & flatteuse ; toute vertu , touttalent, tout mérite , furent bientôt Puni-que ambition des âmes ; l’efprit de patrio-tisme s’éteignit ; le luxe naquit, & le luxeperdit l’empire : il succomba enfin fous lepoids de fa propre grandeur; il avoit envahitoutes les nations, il ne lui fut plus possiblede les gouverner. On connoît toutes lespertes que fit le genre humain dans cetébranlement général que causa la chute dece grand corps. Ses propres sujets tropéloignés des îoix & de l’autorité pour lesreconnoître & pour les craindre, le mirenten pieces. Si Rome fut toujours peupléetant qu’elle resta le íiege de l’empire, cefut aux dépens de toutes les provinces ,dévastées d’ailleurs par la rapacité, l’a-varice , l’ambition & la tyrannie deces intendans que l'on appeloit proconsuls.
Dans tous les temps les mêmes causesont produit les mêmes effets : il semblequ’il y ait pour la grandeur &. la durée desempires , comme pour toutes les antresentreprises des hommes, un certain termedonné qu’il eíì impossible de palier.
Depuis Constantin jufqu’au dernier em-pereur de Constantinople, le monde futravagé par la fureur des conquérans, &par les opinions religieuses ; il n’est aucuntemps peut-être où ces opinions aienttant coûté d’hommas ál’Europe & âTAsie,que durant cette époque.
L’empire de Charîemagne dura moinsque celui des Romains, & proportionnel-lement fut aussi destructeur pour l’efpecehumaine. On est touché de compassion,
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quand on voit tout ce que le fanatifmsreligieux & la gloire des conquérans luiont fait souffrir. Des nations entieres égor-gées plusieurs fois, traînant ensuite leursdéplorables restes jufqu’au fond du nordpour chercher un asyle contre les massa-cres du héros , qui offroit au ciel les viéh'mes de son ambition.
L’énorme puissance de Charles - Quinteut encore des effets plus funestes à ì’hu-manité : un auteur célébré dit, en pariantdes prospérités de ce prince , qu’un nou-veau monde fe découvrit pour lui. Ce fut unmalheur de plus pour le genre humain ,puifqu’il fit de ce nouveau monde un di-sert. Tandis qu’il conquérois tant de na-tions au loin , qu’on les exterminoit patdes cruautés dont le récit saisi t d’horreur,la sienne le dépeuploit, ses provinces fesoulevaient, & le démembrement de sonempire fe préparoit. L’Efpagne s’épuifed’hommes ensuite , pour repeupler l’Amé-rique & les Indes qui ne le feront jamais,& qu’elle avoit dévastées.
II n’est pas nécessaire de pousser plus loinnos remarques , pour prouver que l'espritdes grandes monarchies est contraire à lagrande population. C est dans les gouverne-mens doux & bornés, où les droits del’humanité feront respectés, que les hom-mes feront nombreux.
La liberté est un bien si précieux que ,fans être accompagnée d’aucun autre »elle les attire & les multiplie. On connoîtles efforts surnaturels de courage qu’elle afait faire dans tous les temps pour fa con-servation. C’est elle qui a tiré la Hollandedu sein des eaux , qui a rendu ses maraisun des cantons le plus peuplé de l’Europe »& qui retient la mer dans des bornes plusresserrées.C’esi la liberté quifatt que laSuillb?qui fera !a derniere des plaisances fubfist an "tes de l’Europe , fournit , fans s’épuifcr ,des hommes à toutes les puissances derope , malgré l’ingratirude de son sol, d 1 **semble n’étre capable d’aucune autre pr°-duction.
U n est point de gouvernement où l’ osîne put en tirer les mémes avantages.tyrannie fait des esclaves & des déserts. > aliberté fait des sujets & des provinces : mouis