34 R E T
mouvoir les muscles volontaires : on peutles retirer peu-à-peu , plus ou moins ,les soutenir, & les laisser après retomber.
II est bailleurs très-sûr qu’on n’éter-nue pas tout de fuite après l’irritation ,mais au bout de quelque tems, & mêmequelquefois quand î’odeur forte ou autrechose piquante est déja affoiblie , & aucontraire le choc d’un nerf ou d’une fibresait tout de suite son effet , ou ne le faitjamais ; & il faut que cela soit ainsi , carle stimulus mouvant languit d’autant plusqu’il s’éloigne du premier choc.
Si l’éternument ne se fait pas par uneirritation fur les nerfs intercostaux , ilpourra moins encore être réveillé par l’irri-tation du frénique ; le diaphragme auqueíce nerf aboutit dans les éternumens lé-gers , trop pressés ou imparfaits, nes’abaisse aucunement ou très-tard quandla poitrine est dilatée, & que les mus-cles font contractés entre les côtes ; doncce muscle ne concourt que peu ou point,& certainement moins que tous les au-tres à cette convulsion , malgré qu’onait cru jusqu’à présent qu’il en étoit Fins-trument principal , & que cette idée aitentraîné les anatomistes à rechercher lacommunication entre les narines & le dia-phragme. On ne voudra pas enfin recourirà une communication trop éloignée &imaginaire entre les muscles de la poitri-ne , & tous ceux de la tête & du colqui se remuent également avec les pre-miers dans l’éternument ; & cependantil paroît que les derniers se meuvent vo-lontairement.
Je crois que les convulsions de l’éternu-ment font entièrement semblables à cellesqui font réveillées par le chatouillement ;íi l’on frotte légèrement les narines , lesplantes des pieds ou ailleurs, toute lamachine fait des contorsions , de la têteaux pieds , & peut-être tous les musclesfont en mouvement. Dans ce cas-là , onne dira pas que les nerfs irrités par lechatouillement font le tout fer confsnfum ,& par une impulsion machinale , imagi-naire , quand il n’y a aucune proportionentre le chatouillement & les débats de3a machine : ces mouvemens cessent aulieu de devenir plus forts, quand on ap-
R E T
puie la main en frottant rudement, &même on peut souffrir quelquefois îe cha-touillement fans fe mouvoir, en faisanedes efforts fur foi-même , ou on n’y estpas du tout sensible quand l’ame est en-sevelie dans des pensées profondes, dans lesommeil, & dans les apoplexies ; quoi-que dans tous ces cas-là les muscles soientfrappés par une cauíè méchanique. Nousnous remuons donc quand on nous cha-touille pour en éviter la douleur, & parceque réellement on le veut ; mais c’estl’ame qui veut ces mouvemens, quoiqu’ellene puisse pas toujours les supprimer, quandelle auroit envie de le faire.
II y a encore des causes rares & ex-traordinaires de l’éternument, par lesi-queîles on comprend aisément que Famédans certaines circonstances, qu’il est plusaisé de sentir que d’exprimer , veut éter-nuer pour fe délivrer de quelque incom-modité inconnue ; par exemple i! y a despersonnes qui éternuent en plongeant lespieds dans Feau ; & cela ne vient cer-tainement pas de ce que Feau parvientjufqu’aux narines, ou de ce qu’elle remueles muscles éloignés de la poitrine.
II est vrai qu’on dira que Féternumentn’est pas volontaire, parce que le plus-souvent on ne peut pas le réprimer ; maispeut-on auífi s’empêcher quelquefois derire, malgré que cela se faste par le moyeudes muscles volontaires & mis en mou-vement par Famé ? On raconte d’un hom-me , qui ayant pris dès fa jeunesse l’in-surmontable habitude de contrefaire tousles mouvemens & les grimaces qu’il voyou:faire aux aurres ení'ans , fut enfin réduità marcher dans les rues les yeux fermés ,parce qu’il ne pouvoit plus fe retenir( Tranf. philos. ) ; pourra-t-on dire quetous ces mouvemens étoient organiques ,&cque ce n’étoit qu’un pantomime qui, fansame & fans volonté, faifoit tant de li-bres mouvemens par le moyen de tantde muscles volontaires ?
On n’a fait toute cette longue dif-greífion que pour faire voir combien iîy a de circonstances dans lesquelles notreargument n’a pas moins de force, puis-que tout ce que Fon a dit d’une libertábornée par Habitude, suffit pour nom