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mandons pas davantage lorsqu’on veutnous émouvoir , & qu’on nous raconteune aventure touchante , de maniéré quenous y appercevions continuellement quel-que chose de nouveau, capable d exciterle sentiment. Un homme qui veut nousémouvoir de pitié envers lui, n’aqu a nousdétailler la misere qui Popprime ; & tantque durera son discours nous l’écouteronsavec un attendrissement continuel, fansque fa narration ait besoin du rhythmepour entretenir ce sentiment il l’eft aíTezpar chaque nouvelle circonstance doulou-reuse que nous apprenons.
La même chose nous arrive dans nosoccupations ; tant que notre ouvrage nousfournit quelque objet nouveau , nos forcesn’ont pas besoin d’étre excitées par descauses étrangères. Un peintre ne donnerapas un mouvement cadencé à son pin-ceau , il n’en a pas besoin ; le nouvelobjet qui se présente à ses yeux à chaquetrait qu’il forme, a une force suffisantepour P animer à continuer son ouvrage ;mais celui qui lime quelque chose ou faitquelque ouvrage, dont l’unisormité n’estinterrompue par rien de nouveau , celui-lá forme bien-tôt des mouvemens rhyth-miques ou cadencés ; mouvemens queVoííìus a observés même dans la façonde peigner & de frotter des baigneurs,Voyez, son Traité De poematum cantu &vtribus rhytbmi. Donc nous ne désironsnaturellement le rhy'bme que lorsque nouséprouvons des sencimens continuellementuniformes.
Mais si le rhythme n’est naturel queîorsqu’il faut interrompre l’uniformité ,pourquoi tous les peuples de la terre sefont-ils avisés de donner un rhythme auxpoemes déja assez variés par les chosesmême qu’ils contiennent ? parce qu outre1 ester qui résulte de la fuite des événe-mens ou de la matière qu’il contient& qu u a de commun avec la prosele poème a encore pour but de produireun sentiment gai, triste ou tendre, con-tinu ou homogène , & dont on ne pour-roit pas entretenir la durée fans lè rhyth-me ; ce qui le prouve , c’est que souventla plus belle ode ou la chanson la plustouchante , traduite très - fidèlement
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perd le pouvoir de nous entretenir dansun sentiment uniforme. La traductionnous fournit bien la même fuite d’objetsque P original ; mais faute de' rhythme ,elle n’a pas le pouvoir d’entretenìr ennous le sentiment soutenu de gaieté oude tendresse que réveille l’original. Onlit toujours avec plaisir PHiade & POdisséebien traduites en prose ; mais le sentimentcontinu de grandeur & d’éîévation dansPaction disparoît.
Nous voilà donc convaincus par uneexpérience sûre , que le rhythme est né-cessaire , lorsqu’íl faut produire un effortou un sentiment continuel ou homogène.
Cela nous mene à découvrir le vraifondement fur lequel repose l’effet durhythme. Toute expression agréable oudésagréable disparoît bien-tót , si la cardequi Pa produite n’est pas répétée. Lesentiment suit les loix du mouvement :la toupie qu’un enfant a mise en mou-vement , tourne quelques instans & puistombe ; pour que son mouvement con-tinue , il faut que Pensant lui donne denouvelles forces .par des coups de fouetrépétés de tems en rems. Si Pon entre-tient un sentiment passionné en le nour-rissant continuellement de nouvelles im-pressions , il ne reste pas le même ; Pâmereste constamment en mouvement , ilest vrai , mais ce mouvement est tantôtplus fort , tantôt plus foible ; Pâme estdirigée vers d’autres objets , & son mou-vement change même de nature. Nouséprouvons toutes ces impressions en limantquelque trait touchant dans un historien ;quoique ce qu’il nous raconte soit uni-formément triste, les choses qu’il nousdit font de nature si différente , & ontun pouvoir si varié, que nous sommesremués , tantôt doucement, tantôt très-douloureufement , & que même nous 1 é-coutons quelquefois avec astez de tran-quillité.
Par-lâ nous voyons que la répé itioncontinuelle d’unemême impression, a feulela force d’entretemr un même sennmentpendant un certain tems; c’est-là d’où vientle pouvoir étonnant du rhythme que nousal.ons a présent considérer plus particu-lièrement.