Band 
Tome vingt-neuvième.
Seite
202
JPEG-Download
 

Lor RIC

Ceux qui auront bien médité l’objet dec ces difft'rens problèmes moraux , s’apper-faevront fans peine qu’ils ne font pas avili

ciles à résoudre qu’ils le paroiíTent aupremier aspect. Plus on les approfondit,plus on les trouve complexes , & plus onsent que l’on erre dans un labyrintheinextricable où l’on n’est pas toujourssûr de trouver le fil d’Ariane , & danslequel il est par conséquent permis des’égarer.

Nec preme , nec summum malïre ptr œthera currum.

altrìis egrejsus , calestia tefla cremabis ;

Jnferius , terras : medio tuússmus ibis.

'Nr.u te dexterior prejjam rota ducat ad aram :

t Inter utrumque tene.

» Ovide , Mítamorph. lìb. 11 . 8p. v. 134. & feqq.

Ainsi pour traiter ces questions aveccette sage impartialité , qui doit être lacaractéristique de ceux qui cherchent sin-cèrement la vérité , je ne ferai dans cetarticle que présenter simplement à meslecteurs tout ce que la sagesse humainela plus sublime & la plus réfléchie a pensédans tous les tems fur cette matière : meréservant la liberté d’y joindre quelque-fois mes propres réflexions dans Tordreoù elles se présenteront a mon esprit.

Je commence par une remarque qui meparoît essentielle : c’est que les anciensphilosophes ne croyoient point que les ri-tbejfes considérées en elles - mêmes, &abstraction faite de l’abus & du mauvaisusage qu’on en pouvoit faire, fussent né-cessairement incompatibles avec la vertu& la sagesse : ils étoient trop éclairéspour ne pas voir qu’envifagées ainsi mé-taphysiquement, elles font une chose ab-solument indifférente ; mais ils savoientaustì que , comme on s’écarte infaillible-ment de la vérité dans les recherchesmorales , Iorsqu’on ne veut voir queThomme abstrait, on court égalementrisque de s’égarer, lorsqu’on fait les mê-mes suppositions à l’égard des êtres phy-sique# & moraux qui î’environnent, &qui ont avec lui des rapports constans,déterminés & établis par la nature deschoses. Aussi enfeignent-ils constamment.que les richesses pouvant être & étant eneffet dans une infinité de circonstances, &jour la plupart des hommes, un obstacle

RIC

puissant à la pratique des vertus morales Jà leur progrès dans la recherche de lavérité, & un poids qui les empêche des’élever au plus haut degré de connois-sance & de perfection où Thomme puissearriver, le plus sûr est de renoncer à cespossessions dangereuses , qui, multipliantfans cesse les occasions de chûte, par lafacilité qu’elles donnent de satisfaire unemultitude de passions déréglées, détour-nent enfin ceux qui y font attachés dela route du bien & du désir de connoítrela vérité.

C’est ce que Séneque fait entendre assezclairement , lorsqu’il dit que les richessesont été pour une infinité de personnes ungrand obstacle à la philosophie , & quepour jouir de la liberté d’esprit néces-saire à Tétude, il faut être pauvre , ouvivre comme les pauvres. " Tout hom-„ me , ajoute-t-il , qui voudra mener», une vie douce , tranquille & assurée »» doit fuir le plus qu'il lui fera possible», ces biens faux & trompeurs , à l’appas,, desquels nous nous laissons prendre», comme à un trébucher, fans pouvoir», ensuite nous en détacher, en cela d’au-», tant plus malheureux, que nous croyons», les posséder , & qu’au contraire ce», font eux qui r.ous postedent & qui», nous tyrannisent »,. Multì ad philoso-phant! tun obfiftere divitia : paupertas expe-dita efi , fecura est ... . fi vis vacare ansmo , a ut pauper fis oportet , aut pattpenfimilis. Non pote/t ftudium falutare fienfine frugalitatis cura : frugalitas autan,

paupertas voluntaria efi .•

Mimera ifla fortpna putatis ! Infidia fitnt-Quìfquis noftrûm tutam agere vitam ojo-let , quantum plurimum potefl ifia visent*bénéficia devitet : in quibus boc quoque nu-ferrimi faìlimur , habere nos putamus , ba-bemur. Séneq. epift. 17 . & epï/l. 8.

On ne peut guere douter de la certi-tude de ces maximes lorsqu’on voit desphilosophes tels que Démocrite & Anaxa-goie abandonner leurs biens, & résignertout leur patrimoine à leurs parens, p° l j rRappliquer tout entiers à la recherche devérité & à la pratique de la vertu.

Sprevìt Anaxagoras , fprevit Democritus , #0

Çomplures alù {quorumsasientia toú efi