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Tome vingt-neuvième.
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ce principe : le sage ne laissera pat entrerdans fa maison un seul denier qu’il n ait pasgagne' le'gitìmement. Quelle leçon pourcette multitude de riches de patrimoine ,dont les grandes villes font surchargées ;gens oisifs , inutiles , & bons unique-ment pour eux - mêmes , qui , parcequ’ils ne cherchent point à augmenter leurrevenu , mais à en jouir dans la retraitefans nuire à personne , se croyent pourcela de fort honnêtes gens ! mais ils igno-rent apparemment qu’il ne suffit pas qu’unhomme ait hérité de ses peres de grandsbiens, pour qu’il soit censé les posséderlégitimement, & en droit d’en faire telusage qu’il lui plaira ; en esset, on nepeut nier ce me semble , que le premierdevoir que la conscience lui impose à cetégard , & celui qu’il est indtfpensable-ment obligé de remplir , avant de dis-poser de la plus petite partie de ce bien ,ne soit de faire tous ses efforts pour re-monter à la source d’où ses ancêtres onttiré leurs richesses , & si , en suivant lesdifférens canaux par lesquels elles ont passépour arriver jusqu’à lui, il en découvre lasource impure & corrompue , il est in-contestable qu’il ne peut s’approprier cesbiens fans se charger d’une partie de l’ini-quité de ceux qui les lui ont laissés ; cepen-dant on peut dire , fans craindre de passerpour un détracteur des vertus humaines ,que fur vingt mille personnes riches depatrimoine , il n’y en a peut-être pas dixqui se soient jamais avisées de faire unpareil examen , & encore moins d’agir enconséquence , après l’avoir fait , quoi-qu’ils y soient engagés par tout ce qu’il ya de plus sacré parmi les hommes ; ií leurparoît diamant plus inutile d’entrer danstous ces détails, que n’ayant pas été lesinstrumens de leur fortune , ils ne secroyent pas alors responsables des voiesobliques & des moyens injustes & crimi-nels dont leurs peres peuvent s’être servispour acquérir ces biens , & en consé-quence , nullement obligés de les resti-tuer à ceux à qui ils appartiennent de droit,ou d’en faire quelqu’autre dispensationégalement juste & sage. Or sans vouloirprévenir les réflexions du lecteur fur unepareille conduite , il me suffit de dire

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qu’elle prouve bien la vérité de cette peirifée de S. Jérôme ; « Tout homme riche,'» dit ce pere , est ou injuste lui-même ,» ou héritier de l’injustice d’autrui ».Omnis àives , aut indignas est , aut haretiniqui.

Revenons à Séneque. Ceux qui aurontlu avec quelque attention ses ouvrages ,dans lesquels on trouve presqu’à chaquepage les plus grands éloges de la pauvreté& les passages les plus formels en fa fa-veur , avec les peintures les plus vives dela corruption des riches , des tourmenscruels auxquels ils font fans cesse en proie,& enfin des malheurs & des désordresaffreux dont les richejfes font tous lesjours la cause. Ceux , dis-je , qui ferappellent tout ce que cet auteur dit à cesujet , seront frappés de la contradictionévidente & de l’oppofition diamétrale qu’ily a entre ce passage & ceux que j’ai rap-portés précédemment ; ils seront surprisavec raison , qu’un philosophe puisse avoirassez peu de fermeté dans l’esprit , & deliaison dans les idées, pour se laisser ainíiemporter à la fougue de son imaginationau préjudice de la vérité, & pour soufflerle froid & le chaud , sans s’appercevoir del’incohérence de ses principes.

Mais abandonnons cet auteur à sesécarts & aux saillies de son imaginationardente. Examinons ce passage en lui-même , & voyons ce qu’on en peut rai-sonnablement conclure en faveur des n*cheffes.

Si on l’analyse avec soin , on avouera,je m’assure , qu’il ne prouve au fond quetrois choses que je n’ai jamais prétendunier.

La premiere, qu’il est permis au sagede posséder de grandes richejfes à telles &telles conditions : & en effet cela ne»peut-être permis qu’à lui.

La seconde, qu’il faut en faire nonusage.

Et la troisième , que les riches seroientbeaucoup plus à portée que les pauvres,de faire du bien , & de pratiquer les ver-tus les plus utiles, s’ils uí’oient de leu^richejfes comme ils le doivent : trois propositions également vraies , maisdesquel es ,comme il est aisé de le voir, on ne P e