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vie. Une grande sottise de ces êtres fri-voles , & celle dont ils se doutent le moins,est de s’imaginer que leur empire est uni-versel. Le peuple ne connoît pas mêmele nom des choses fur lesquelles ils impri-ment le ridicule ; & c’est tout ce que labourgeoisie en fait. Les gens du monde ,ceux qui font occupés, ne font frappésque par distraction de ces insectes incom-modes. Les hommes illustres font tropélevés pour les appercevoir ; s’ils ne dai-gnoient pas quelquefois s’en amuser eux-mêmes. ( D- J.)
Ridicule , LE, (Poème dramatiq.comiq. ) le ridicule dans le poème comi-que est , selon Aristote, tout défaut quicause difformité fans douleur , & qui nemenace personne de destruction , pasmême celui en qui fe trouve le défaut ;car s’il menaçoit de destruction, il nepourroit faire rire ceux qui ont le cœurbienfait. Un retour secret sur eux-mêmesleur feroit trouver plus de charmes dans lacompassion.
Le ridicule est essentiellement l’objetde la comédie. Un philosophe dissertecontre le vice ; un satyrique le reprendaigrement ; un orateur le combat avecfeu ; le comédien f attaque par des railleries,& il réussit quelquefois mieux qu’on ne fe-roit avec les plus forts argumens.
La difformité qui constitue le ridicule ,fera donc une contradiction des pensées dequelque homme , de ses senti mens, de sesmœurs , de son air , de sa façon de faire ,avec le nature , avec les Icix reçues, avecles usages , avec ce que semble exiger lasituation présente de celui en qui est ladifformité. Un homme est dans la plusbasse fortune , il ne parle que de rois &de tétrarques : il est de Paris ; à Paris , ils’habille à la chinoise : il a cinquante ans,& il s’amuse sérieusement a atteler des ratsde papier à un petit chariot de carte ; il estaccablé de dettes, ruiné, & veut appren-dre aux autres à fe conduire & à s’en-richir : voilà des difformités ridicules , quifont, comme on le voit , autant de con-tradictions avec une certaine idée d’crdre ,on de décence établie.
II faut observer que tout ridicule n’estpas rifible.lì y a un ridicule qui nous ennuie,
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qui eft maussade ; c’est le ridicule grojjier :il y en a un qui nous cause du dépit, parcequ’il tient à un défaut qui prend sur notreamour-propre : tel est le sot orgueil. Celuiqui se montre sur la scène comique est tou-jours agréable 9 délicat , & ne nous causeaucune inquiétude fecrette.
Le comique , ce que les latins appellentvis comica , est donc le ridicule vrai , maischargé plus ou moins , selon que le comi-que est plus ou moins délicat. II y a un pointexquis en-deçà duquel on ne rit point, &au-delà duquel on ne rit plus , au-moinsles honnêtes gens. Plus on a le goût fin &exercé fur les bons modelés, plus on lesent : mais c’est de ces choses qu’on ne peutque sentir.
Or la vérité paroît poussée au-delà deslimites, i°. quand les traits font multi-pliés & présentés les uns à côté des autres.II y a des ridicules dans la société ; mais ilsfont moins frappans, parce qu’ils font moinsfréquens. Un avare , par exemple , ne faitses preuves d’avarice que de loin en loin : lestraits qui prouvent font noyés, perdus dansune infinité d’autres traits qui portent unautre caractère : ce qui leur ôte presquetoute leur force. Sur le théâtre un avare nedit pas un mot , ne fait pas un geste , quine représente l’avarice ; ce qui fait un spec-tacle singulier , quoique vrai, & d'un ridi-cule qui nécessairement fait rire.
z°. Elle est au-delà des limites quandelle passe la vraisemblance ordinaire. Unavare voit deux chandelles allumées, il ensouffle une ; cela est juste : on la rallumeencore, il la met dans fa poche : c’est allerloin ; mais cela n’est peut-être pas au-delàdes bornes du comique. Dom Quichotteest ridicule par ses idées de chevalerie ,Sancho ne Test pas moins par ses idées defortune. Mais il semble que fauteur fe mo-que de tous deux , & qu’il leur souffle deschoses outrées & bitàrres, pour les rendreridicules aux autres, Le pour fe divertir lui—même.
La troisième maniéré de faire sortir lecomique , est de faire contraster le décentavec le ridicule. On voit sur la même feeneun homme sensé-, & un joueur de trictracqui vient lui tenir des propos impertinens :l’un tranche l’autre & le releve, La femme