228 R I D
Rider , ( Marine. ) c’est roidir.
Rider , s Fene'rie. ) se dit d'un chienqui suit ia voie d’une bête sans crier.
RIDICULE le , f. m. ( Morale. ) jedemande moi-même ce que c’est que leridicule , on ne l'a point encore défini ;c’est un terme abstrait dont le sens n’estpoint fixe ; il varie perpétuellement, &réleve comme les modes du caprice &de l’arbitraire ; chacun applique l’idée duridicule , la change, l’étend & la restraintà fa fantaisie. Un homme est taxé deridicule dans une société pour avoir quittéde faux airs ; & ces mêmes faux airsdans une autre société, le comblent deridicules.
On confond communément le ridiculeavec ce qui est contre la raison ; cepen-dant ce qui est contre la raison est folie :si c’est contre l’équité, c’est un crime.
Le ridicule devroit se borner aux chosesindifférentes en elles-mêmes, & consa-crées par les usages reçus , la mode , leshabits , le langage, les maniérés, le main-tien ; voilà son ressort. Voici son usur-pation.
11 étend son empire sur le mérite ,l’honneur , les talens, la considération &les vertus ; fa caustique empreinte est inef-façable ; c’est par elle qu’on attaque dansle fond des cœurs le respect qu’on doità la vertu ; il éteint enfin l’amour qu’onlui porte : tel rougit d’être modeste, quidevient effronté par la crainte du ridi-cule ; & cette mauvaise crainte corrompuplus de cœurs honnêtes, que les mau-vaises inclinations.
Le ridicule est supérieur à la calomnie,qui peut se détruire en retombant surson auteur ; & c’est aussi le moyen quel’envie employé le plus sûrement pourternir l’éclat des hommes supérieurs auxautres.
Le déshonorant offense moins que leridicule ; la raison en est qu’il n’est aupouvoir de personne d’en déshonorer unautre. C'est notre propre conduite , &non les discours d’autrui qui nous dés-honorent ; les causes du déshonneur sontconnues & certaines ; mais le ridiculedépend de la maniéré de penser & desentir qu’ont les gens vicieux, pour tâ-
R I D
cher de nous dégrader , en mettant lahonte & la gloire par-tout où ils jugentà propos, & fur tous les objets qu’ilsenvisagent par les lunettes du ridicule.
Le pouvoir de son empire est si fort,que quand l’imagination en est une foisfrappée , elle ne connoît plus que fa voix.On sacrifie souvent son honneur à sa for-tune , & quelquefois fa fortune à la craintedu ridicule.
II n’étoit pas besoin , ce me semble ,de proposer pour sujet du prix de l’aca-démie françoise , en 1753 , ^ I a cra ' nt edu ridicule étouffe plus de talens & de ver-tus , qu’elle ne corrige de vices & dedéfauts ; car il est certain que cette craintecorrige peu de vices & de défauts en com-paraison des talens & des vertus qu’elleétouffe. La honce n’est plus pour les vices 3elle se garde toute entiere pour cet êtrefantastique qu’on appelle le ridicule.
11 a pris leffavoir & la philosophie enaversion ; à peine pardonne-t-il l’un &l’autre à un petit nombre d’hommes delettres supérieurs ; mais pour les personnesde distinction , il faut bien qu’elles se gar-dent d’aspirer à l’amour des sciences \ le ri-dicule ne les épargneroit pas.
II s’attache encore fort souvent à laconsidération , parce qu’il en veut auxqualités personnelles : il pardonne auxvices , parce qu’ils sont en commun ; leshommes s’aceordent à les laisser passer fansopprobre ; ils ont besoin de leur faire grâce.Dans chaque siecle il y a dans une nationun vice dominant, & il se trouve tou-jours quelque homme de qualité qu’onappelle aimable , ou quelque femme titréequi donne le ton à son pays , qui fixe leridicule , & qui met en crédit les vices dela société.
C’est en marchant sur leurs traces ,dit très-bien M. Duclos , qu’on voit desessaims de petits donneurs de ridicules ,qui décident de ceux qui font en vogue,comme les marchands de modes fixentcelles qui doivent avoir cours. S’ils nes’étoientpas emparé de l’emploi de distri-buer en second les ridicules , ils en seroientaccablés ; ils ressemblent á ces criminelsqui se sont exécuteurs pour sauver leur