ROI
peut-étre mieux. Ce choix n’est point li-bre : les plus anciens réglemens fur le faitdes eaux ont pris les plus grandes précau-tions pour éloigner les chanvres des riviè-res & des eaux courantes. Salubritatemaeris , portent les anciennes constitutionsdu royaume de Sicile , divino judìcìo re-feratam , in quantum postumusstudio pro-vistonis nostra fiudemus confervare : man-dantes ut nulli amodo liceat , in aquiscurrentibus linum aut cannabum ad matu-randurn ponere , nè ex eo , prout certodidicimus , aeris difpofitio corrumpatur :quod st fecerìt , linum ipfum aut cannabumamittat.
La vieille charte normande avoit lamême disposition, cb. vij. en ces termes.Eotboria in aquis destuentibus fieri nonpostant, cum illis aqua frequentius cor-rumpantur : ce que l’ancienne coutume deNormandie avoit conservé en défendant ,fremiere part. §. i. cb. xvij. que Von nefît roteurs , ne cbanvrer roir en eaus cou-rantes , parquai ne foyent souventes foiscorrompues , ft que les poiffons en meurent.Ce qui a passé dans la noiívelle coutume,par laquelle , pour prévenir les entrepri-ses des particuliers qui , en détournantPeau des rivières, & en l’y faisant rentreraprès qu’elle avoit abreuvé leurs roifes,avoient trouvé le moyen d’éluder la loi ,statue , art. 2.09. rotheurs ne peuvent êtrefaits en eaux courantes , c est aulcun veutdétourner eau pour en faire , il doit vui-der Veau dudit rot heur , en forte que Veaud'icelui rotbeur ne puiste retourner en laviviere. Sur quoi M. Josias Hérault, con-seiller à la table de marbre du parlementde Rouen , observe en son commentairefur la coutume de Normandie , que lesrotheurs font mourir le poisson , parceque les sucs grossiers que le chanvre atirés d’une terre très-forte par elle-même& extrêmement chargée de fumier , eni-vrent le poistòn , & portent la morta-lité dans les rivières : pourquoi , ajoute-t-il , les officiers des eaux & forêts doi-vent y veiller comme fur une des chosesde leur miniftere les plus ìntéreffantes pourle bien public.
Ces attentions ne font point particu-lières à la coutume de Normandie ; eel-
r o r 339
les de Bourbonnois , art. i6í. cb. xiv.d’Amiens, tit.n.art. 243. de Hainault,cb. x. art. 16. de Mons, cb. lïij. art. 6.de Lille, tit. 1. art. n. &c. portent les-mêmes dispositions auxquelles est conforme-l 'art. 7. du règlement général de la tablede marbre de Paris, du 15 Mai 1585 ,relatif à un arrêt du même siégé, du 26Juillet I 5 Î 7 , portant defenfes & inhibi-tions de faire rouir aucuns chanvres &lins, & de mettre aucune chauly , tanne-rie, ou autres choses portant poison , dansles étangs ou marais publics, ou mcmedans les eaux particulières , parce que celtecorrompt Veau , ensuite Vair, & f ait mou-rir le poiffon.
En conformité de tous ces réglemens ,aussi positifs dans leurs dispositions , queclairement motivés, ont été rendus plu-sieurs arrêts d u conseil, rapportés en laconférence de l’ordonnance de 1669 , édit.in - 4 0 . contenant les loix forestières deFrance.
Ainsi , la défense de rouir des chan-vres dans les rivières & dans les eaux cou-rantes , même particulières , fait partiedu droit public de la France. Ce droitn’abandonne pour le rouissemenc des chan-vres que les eaux mortes , ou celles quiétant tirées d’une riviere ou eau courantefe perdent dans des terreins plus bas , &ne retournent plus à la riviere , ou s’yrendent par un circuit, dont la longueurleur donne le tems de déposer les sucs dan-gereux dont elles fe font chargées par leurséjour dans la roìfe.
La connoissance des observations quiont servi de base à toutes les loix queje viens de rapporter , auroient pu éclai-rer fur un phénomène qui a mérité Fat—tension de l’académie des Sciences deParis.
II est arrivé récemment que les eauxde la Seine étant très - basiès , fe fontchargées insensiblement de principes decorruption qui répandirent à Paris une ef-pece d’épidémie. Les médecins ne prirentpoint le change fur la cause du mal ; ilsl’attribuerent unanimement à une efpeced’infection qu’avoit contracté le peu d’eauqui restoit dans la riviere. Mais d’où ve-noic cette infection ? Etoit-ce du défaut
V v z