Band 
Tome vingt-neuvième.
Seite
350
JPEG-Download
 

3^0 ROM

íèul , les richesses des principaux Romainsétoient immenses, quelles que fussent lesvoies qu’ils employoient pour les acqué-rir : elles furent presque toutes ôtées fousles empereurs ; les sénateurs n’avoient plusces grands cliens qui les combloient debiens ; on ne pouvoir guere rien prendredans les provinces que pour César , sur-tout lorsque ses procurateurs , qui étoientà-peu-près comme font aujourd’hui nosintendans , y furent établis. Cependant ,quoique la source des richesses fut coupée,les dépenses fubsistoient toujours ; le trainde vie étoit pris , & on ne pouvoit plusle soutenir que par la faveur de l’empe-reur.

Auguste avoir ôté au peuple la puissancede faire des loix , & celle de juger lescrimes publics ; mais il lui avoir laissé ,ou du moins avoir paru lui laisser , celled’élire les magistrats. Tibere , qqi crai-gnoit les assemblées d’un peuple si nom-breux , lui ôta encore çe privilège, &le donna au sénat , c’est-à-dire à lui-méme : or on ne sauroit croire com-bien cette décadence du pouvoir du peu-ple avilit l’ame des grands. Lorsque lepeuple disposoitdes dignités , les magistratsqui les briguoient , faisoient bien des bas-sesses ; mais elles étoient jointes à unecertaine magnificence qui les cachoit ,soit qu’ils donnassent des jeux , ou decertains repas au peuple, soit qu’ils luidistribuassent de l’argent ou des grains.Quoique le motif fut bas , le moyen avoirquelque chose de noble , parce qu’il con-vient toujours à un grand homme d’obte-nir par des libéralités , la faveur du peu-ple. Mais , lorsque le peuple n’eut plusrien à donner , &• que le prince , au nomdu sénat, disposa de tous les emplois, onles demanda , & ôn les obtint par desvoies indignes ; la flatterie , l’infamie ,les crimes , furent des arts nécessairespour y parvenir.

Caligula succéda à Tibere. On disoit desoi qu’il n’y avoir jamais en un meilleuresclave , ni un plus méchant maître ; cesdeux choses font aísez liées, car la mémedisposition d’esprit, qui fait qu’on a étévivement frappé de la puissance illimitéegtz çelui qui cotpmande, fait qu’on ne

ROM

Test pas moins lorfqu’on vient â comman-der soi-même.

Ce monstre faisoit mourir militairementtous ceux qui lui déplaifoient, ou dontles biens tentoient son avarice ; plusieurs deses successeurs l’imiterent : nous ne trou-vons rien de semblable dans nos histoiresmodernes. Attribuons-en la cause à dgrmœurs plus douces, & à une religion pluàréprimante ; de plus , on n’a point à dé-pouiller les familles de ces sénateurs qu!a voient ravagé le monde. Nous rirons cetavantage de la médiocrité de nos fortunes,qu’ellessont plus sûres ; nous ne valons pasla peine qu’on nous ravisse nos biens.

Le petit peuple de Rome , ce que l’onappelloit plebs , ne haïssoit pas cependantles plus mauvais empereurs. Depuis qu’ilavoir perdu l’empire & qu’il n'étoit plusoccupé à la guerre , il étoit devenu leplus vil de tous les peuples ; il regardoitle commerce & les arts comme des chosespropres aux seuls esclaves , & les distri-butions de blé qu’il recevoir lui faisoientnégliger les terres ; on l avoir accoutuméaux jeux & aux spectacles. Quand i! n’eutplus de tribuns à écouter , ni de magis-trats à élire , ces choses vaines lui de-vinrent nécessaires , & son oisiveté lui enaugmenta le goût. Or , Caligula, Néron ,Commode , Caracaìla étoient regrettésdu peuple , à cause de leur folie méme {car ils aimoient avec fureur ce que lepeuple aimoít ; & contribuoient de toutleur pouvoir & méme de leur personneà ses plaisirs ; il prodiguoient pour luitoutes les richesses de l’empire ; & quandelles étoient épuisées , le peuple voyantfans peine dépouiller toutes les grandesfamilles , il jouiííoit des fruits de la tyran-nie , & il en jouissoit purement ; car iltrouvoit fa fureté dans fa bassesse. De telsgens haïst'oient naturellement les gens debien ; ils favoient qu'ils n’en étoient pasapprouvés : indignés de la contradictionou du silence d’un citoyen austère, çnivrésdes applaudissemçns de la populace, ilsparvenoient à s’imaginer que leur gou-vernement faisoit la félicité publique , &qu’il n’y avoir que des gens mal intention-nés qui pussent le censurer.

Caligula étqit un vrai sophiste dans íà