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Tome vingt-neuvième.
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ROM

cruauté : comme il descendoit égalementd’Antoine & d’Auguste , il disoic qu’ilpunirait les consuls s’ils célébraient le jourde réjouissance établi en mémoire de lavictoire d’Actium , & qu’il les puniraits’ils ne le célébraient pas ; & Drusille ,à qui il accorda les honneurs divins, étantmorte, c'étoit un crime de la pleurer ,parce qu’elle étoit déeste , & de ne la paspleurer , parce qu’elle étoit fa sœur.

C’est ici qu’il faut se donner le specta-cle des choses humaines. Qu’on voie dansl’histoire de Rome tant de guerres entre-prises , tant de sang répandu , tant depeuples détruits, tant de grandes actions,tant de triomphes , tant de politique , desagesse, de prudence, de constance,de cou-rage ; ce projet d’envahir tout, si bien for-mé , st bien soutenu , si bien sini, à quoiaboutit-i!, qu’à assouvir le bonheur de cinqou six monstres ? Quoi ! ce sénat n’avoitfait évanouir tant de rois que pour tomberlui-mémedans le plus bas esclavage de quel-ques-uns de ses plus indignes citoyens ,& s’exterminer par ses propres arrêts ?On n’éleve donc fa puissance que pour lavoir mieux renversée ? Les hommes netravaillent â augmenter leur pouvoir quepour le voir tomber contre eux-mêmesdans de plus heureuses mains.

Caligula ayant été tué, le sénat s’as-fembla pour établir une forme de gouver-nement. Dans le tems qu’il délibérait ,quelques soldats entrerent dans le palaispour piller, ils trouvèrent dans un lieuobscur un homme tremblant de peur ;c’étoit Claude : ils le saluèrent empereur.Cet empereur acheva de perdre les an-ciens ordres , en donnant à ses officiersle droit de rendre la justice. Les guerresde Marius & de Sylla ne se faisoient quepour savoir qui aurait ce droit, des sé-nateurs ou des chevaliers. Une fantaisied’un imbécille l’ôta aux uns & aux autres ;étrange succès d’une dispute qui avoir misen combustion tout l’univers !

Les soldats avoient été attachés à lafamille de César , qui étoit garante de tousles avantages que leur avoir procuré larévolution. Le tems vint que les grandesfamilles de Rome furent toutes extermi-nées par celle de César, & que celle de

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César, dans la personne de Néron , péritelle-même. La puissance civile qu’on avoirsans cesse abattue , se trouva hors d’étatde contre-balancer la militaire ; chaquearmée voulut nommer un empereur.

Galba, Othon , Vitellius ne tirent quepasser, Vefpasien fut élu , comme eux ,par les soldats : il ne songea , dans toucle cours de son régné , qu’á rétablir l'em-pire , qui avoit été successivement occupépar six tyrans également cruels,presque tousfurieux , souvent imbécilles, & pour com-ble de malheur , prodigues julqu’â la folie.

Tite , qui vint à succéder à Vefpasien,fut les délices du peuple. Domitien fitvoir un nouveau monstre , plus cruel, oudu moins plus implacable que ceux quil’avoient précédé, parce qu’il étoit plustimide. Ses affranchis les plus chers, & ,â ce quelques-uns ont dit , fa femmemême , voyant qu’il étoit aussi dangereuxdans ses amitiés que dans ses haines, &u’il ne mettoit aucunes bornes à ses mé-ances, ni à ses accusations, s’en défirent.Avant de faire le coup , ils jetteront lesyeux fur un successeur , & choisirent

Nerva , vénérable vieillard.

Nerva adopta Trajan , prince le plusaccompli dont l’histoire ait jamais parlé-Adrien , son successeur , abandonna sesconquêtes & borna l’empire à l’Euphrate.

Dans ces tems-là , la secte des stoïcienss’étendoit & s’accréditoit de plus en plus,II sembloit que la nature humaine eut faitun effort pour produire d’elfe-même cettesecte admirable , qui étoit comme cesplantes que la terre fait naître dans deslieux que le ciel n’a jamais vus.

Les Romains lui durent leurs meilleursempereurs. Rien n’est capable de faireoublier le premier Antonio , que Marc-Aurele qu’il adopta. On sent en soi-mêmeu ri plaisir secret , lorsqu'on parle de cetempereur ; on ne peut lire sa vie sans uneespece d’attendrissement .- tel est l’effetqu’elle produit, qu’on a meilleure opinionde soi-même, parce qu’on a meilleure opi-nion des hommes. La sagesse de Nerva ,la gloire de Trajan , la valeur d’Adrien ,,la vertu des deux Antonins se firent res-pecter des soldats. Mais lorsque de nou-veaux monstres prirent leur place, l’abus