Band 
Tome vingt-neuvième.
Seite
502
JPEG-Download
 

532 R O U

it survient une pluie abondante , qui laveles sromens qui en sont attaqués , la rouilleest presqu’cntiérement dissipée, & les grainsen souffrent peu. Il n’est pas douteux quec’est la couleur de cette poussière dontles feuilles se trouvent chargées, qui a dé-terminé les agriculteurs à donner le nomde rouille à cette maladie ; & c’est peut-être celle que les anciens ont connue fousle nom de rubìgo.

On l’attribue ordinairement, Si mal-à-propos, aux brouillards secs qui surviennentquand les sromens font dans la plus grandeforce de leur végétation. Cette erreur vientde ce qu’on a remarqué que quand unsoleil chaud succédoit à ces brouillards secs,il arrivoit quelques jours après, que les sro-mens étoient devenus rouillés. Ce qu’il y ade certain , c’est que cette maladie estextrêmement lâcheuse, puisque les sromensde la plus grande beauté font tout-à-coupréduits presque à rien par cet accidentimprévu.

Si la rouille attaque les sro mens encorejeunes , & avant qu’ils aient pouffé leurstuyaux , le dommage est médiocre; pourvunéanmoins qu J il survienne un temps propreà la végétation. Dans ces circonstances, lespieds font seulement affoiblis , comme sion en avoit coupé, ou fait paître les feuilles.Ces pieds font de nouvelles productions,Sc ils donnent des épis ; la paille en est seu-lement plus courte , Sc les épis moins gros.Mais si la rouille attaque & les feuilles Scles tuyaux, alors la végétation du fromentest arrêtée , & le grain ne profite presqueplus ; en forte qu’il en résulte un très-granddommage pour la moisson.

Cette triste maladie a été décrite parM. du Tillet. Ce laborieux observateur enattribue la cause à l’âcreté des brouillards,qui brisent le tissu des feuilles Sc destuyaux, Sc qui occasionent par là l’extra-vaíàtion d’un suc gras Sc oléagineux, lequelen se desséchant peu à peu , se convertit enune poussière rouge orangée. Il a examiné ,dit-il, avec une forte loupe plusieurs piedsde froment , dont les tiges Si les feuillesétoient chargées de rouille , & il a vu dis-tinctement que dans les endroits où étoitcette poussière rouge , il y avoit de petitescrevasses , Si que l’épiderme de la plante

R O U

étoit entr’ouverte ;d’espace en espace. Il aobservé que ce suc, réduit en poussière rou-geâtre , sortoit d’entre ces petites ouver-tures , au dessus desquelles on voyoit delégers fragmens d’épiderme , qui recou-vraient imparfaitement les petites crevasses.

Il appuie son sentiment par l’extravaíà-tion du suc nourricier de plusieurs arbres,par exemple, des noyers , de la manne deCalabre , qui est un suc extravasé des feuillesd’une eípece de frêne ; enfin, par ce queM. de Muschenbroeck rapporte dans fesessaisde physique , des sucs épais Sc oléagineuxqui lortent des vaisseaux excrétoires desfeuilles, Sc qui s’arrêtent à leur surface avecla même consistance que le miel.

M. du Tillet rapporte plusieurs observa-tions qui tendent à démontrer combien setrompent ceux qui croient que les brouillardsfont un agent extérieur qui altéré les grains.

' Il ne doute pas que la rouille des bleds nesoit la suite d’une maladie dont le principen est pas encore aflèz bien connu.

Ceux-là se trompent encore, qui croientque la rouille Sc la poussière farineuse qu’onapperçoit sur plusieurs plantes , font desamas d’œufs que des insectes y ont déposés,Sc dont il fort une nombreuse famille fu-neste aux végétaux. En adoptant avec sau-teur , pour cause de ces maladies l’extrava-sation des sucs nourriciers , on appercevraque la rouille , la rosée mielleuse , la roséefarineuse , Sc ces matières grasses qu’onapperçoit fur les plantes graminées, dépen-dent de la qualité d’un suc concentré dansles plantes par l’évaporation , Sc qui se con-vertit tantôt en une poussière impalpable ,& tantôt en cette substance épaisse que l’onvolt être de couleur rouge sur les seves demarais, rougeâtre fur les plantes graminées,verdâtre fur le prunier , jaunâtre fur lefrêne, blanche fur le mélese, &c.

Quoique ces remarques laissent bien deschoses à desirer , elles peuvent néanmoinsengager les physiciens à s’exercer fur unobjet aussi utile au public. M. Lullen deChâteauvieux, qui a fait tant de belles expé-riences fur la culture des terres, n’a pasdédaigné de communiquer au public d’ex-cellentes observations fur la rouille , quim’ont paru d’ignes d’entrer dans cet ou-vrage.