Band 
Tome vingt-neuvième.
Seite
673
JPEG-Download
 

SA G

mesure des Russes équivalente à sept pîésd’Angleterre. Cinq cens sagìnes font unVert. Transacl. philos. n°. 44$. {D. J.)

SAGESSE , VERTU , ( Synonym. J lasageffe consiste à se rendre attentif à ses véri-tables & solides intérêts, à les démêler d’a-vec ce qui n’en a que l'apparence, à choisirbien, & à fe soutenir dans des choix éclai-rés. La vertu va plus loin ; elle a à cœur lebien de la société ; elle lui sacrifie dans lebesoin ses propres avantages, elle sent labeauté & le prix de ce sacrifice, & par-là nebalance point de le faste , quand il le faut.{D. s.)

Sagesse , ( Morale . ) la sagesse consiste àremplir avec exactitude ses devoirs, tant en-vers la divinité, qu’envers foi-même & lesautres hommes. Mais où trouvera-t-elle desmotifs pour y être fidele , si ce n'est dans lesentiment de notreimmortalité? Ainsi l’hom-me véritablement sage est un homme im-mortel , un homme qui se survit à lui-mê-me , & qui porte ses espérances au-delà dutrépas. Si nous nous renfermons dans le cer-cle étroit des objets de ce monde , la forceque nous aurons pour nous empêcher d'êtreavares, consistera dans la crainte de fairetort à notre honneur par les bassesses de l'in-térêt ; la force que nous aurons pour nousempêcher d’être prodigues , consistera dansla crainte de ruiner nos affaires, lorsque nousaspirons à nous faire estimer des autres parnos libéralités. La crainte des maladies nousfera résister aux tentations de la volupté :Eamour-propre nous rendra modérés & cir-conspects , & par orgueil nous paroîtronshumbles & modestes. Mais ce n'est-là quepasier d'un vice à un autre. Pour donner ànotre ame la force de s élever au-dessus d’unefoiblesse , fans retomber dans une autre , ilfaut la faire agir par des motifs bien supé-rieurs. Les vues du temps pourront lui fairesacrifier une passion à une autre passion ;mais la vue de l'cternité feule enferme desmotifs propres à Eélever au-deffus de toutesles foibieííes. On a vu des orateurs d'unesublime éloquence ne faire aucun effet, parcequ’ils ne savoient point intéresser , commeil faut, la nature immortelle. On en a vuau contraire d’un talent fort médiocre, tou-cher.tout le monde par des discours fans art,parce qu'ils prenoient les hommes par lesTome XXIX.

S A G 6/;

motifs de Eéternité. C'est du sentiment dènotre immortalité que nous voyons sortirtout ce qui nous console , qui nous éleve &qui nous satisfait. Il n'y a que l'homme im-mortel qui puisse braver la mort : lui seulpeut s'élever au-dessus de tous les événtmensde ce monde , se montrer indépendant descaprices du fort , & plus grand que toutesles dignités du monde. Que cette insensibi-lité fastueuse dont les Stoïciens paroient leursage, s'accorde mal avec leurs principes lTandis que vous le renfermez dans Eenceintedes choses fragiles & périssables, qu’exigez-vous de lui ì Quel motif lui fournissez-vouspour le rendre supérieur à des choses qui luiprocurent du plaisir ? L'homme étant népour être heureux , & n'étant heureux quepar les sentimens délicieux qu'il éprouve, ilne peut renoncer à un plaisir que par un plusgrand plaisir. S'il sacrifie son plaisir à unevertu stérile, vertu qui laisse l’arae dans unemolle inaction , où son activité n’a rien àsaisir , ce n'est chez lui qu'une vaine osten-tation d'une grandeur chimérique. Placezle sage vis-à-vis de lui-même , qu’il n’aitque lui pour témoin de ses actions , que lemurmure flatteur des louanges ne pénétrepas jusqu'à lui dans son désert, réduisez cethomme tristement vertueux à s'enveîopperdans son propre mérite, à vivre , pour amudire , de son propre lui , vous reconnoîtrezbientôt que tout ce. faste de sagesse n’étoitqu'un orgueil imposant qui tombe de lui-même, loríqu'il n'a plus d'admirateur. Avecquel front voulez-vous qu'un tel sage affron-te les hasards ? Qui peut le dédommagerd’une mort qui lui ôtant tout sentiment, dé-truit cette sagesse même dont il se fait hon-neur ? Mais suppofez-vous l’homme im-mortel , il est plus grand que tout ce quil’environne. Il n’estime dans l'homme quel’homme même. Les injustices des autreshommes le touchent peu. Elles ne peuventnuire à son immortalité ; sa haine seul pour-roitlui nuire. Elle éteint le flambeau. L'hom-me mortel peut affecter une constance qu’iln’a pas , pour faire croire qu’il est au-destusde l'adversité. Ce sentiment ne sied pas bienà un homme qui renferme toutes ses ressour-ces dans le temps. Mais il est bien placédans un homme qui fe sent fait pour Eéter-nité. Sans se contrefaire, pourparoître raa-

Q.qqq